Trois ans après Hugo, Loyle Carner revient avec un quatrième album studio. Désormais père de deux enfants, le rappeur britannique troque la fulgurance de Hate et le son urbain de l’envoûtant Homerton pour un flow moins nerveux et une instru plus tendre. Hopefully sans perdre en intérêt.
Difficile de retenir un titre parmi les onze de ce nouvel album tant ils forment un ensemble indissociable à l’exception de Feel at home, dont les décrochages rythmiques rappellent ses précédentes productions. Un titre d’ouverture qui permet à Carner de prendre ses fans par la main pour les conduire vers les ambiances chaleureuses, très lo-fi, qui portent ici des textes toujours emprunts de mélancolie et de gravité (About time, Time to go). Un choix esthétique que le principal intéressé justifie par une volonté consciente d’élargir son imaginaire musical. « J’ai toujours écouté de tout. Mais plus jeune, j’ai pu avoir l’impression que le hip-hop était le seul médium qui permettait à quelqu’un comme moi d’exprimer ses sentiments. Aujourd’hui, cela reste une partie importante de mon univers. Mais ce n’est plus la seule. ».
Mais bien que nouvelles chez Loyle Carner, ces couleurs musicales tracent un paysage sonore qui manque de relief : aucun morceau ne sort franchement du lot et ne s’imprime durablement à l’esprit même après une écoute répétée de l’album. Heureusement, sa faible durée (37 minutes au compteur) empêche la lassitude de s’installer, de même que la qualité de sa production rend la proposition musicale agréable.
A la colère succède donc l’apaisement avec Hopefully ! qui vient rééquilibrer (temporairement ?) l’identité artistique du rappeur trentenaire. « Je me suis rendu compte qu’une bonne partie des paroles reste assez sombre, là où la musique est plus enlevée. Mais ce genre de juxtaposition représente au fond assez bien ma relation avec mon fils et ma fille. J’amène la gravité, ils apportent la légèreté et la lumière. Et quand on se retrouve, après l’école, on regarde qui va gagner, qui va l’emporter. Si j’ai de la chance, ce sont eux... ».