Avec le temps, on reconnaîtra à sa juste valeur, Greg Weeks que ce soit sous son propre nom, avec Aroah ou Espers. Avec cette dernière entité, Weeks et les siens font ressortir du placard la folk psyché de la fin des années 60/70. C’était le cas pour le premier album, cela reste de mise sur ce deuxième opus dont le nom II renvoie sans doute à Led Zeppelin. Ce qui semble évident puisque Dead Queen est ni plus ni moins une longue extension et exploration sur les accords de Stairway to heaven. Cet exemple est significatif de l’art d’Espers de prolonger et de retravailler quelques fondamentaux du rock. Si c’est un peu pompeux sur Dead Queen avec son côté folk britannique médiéval (avec Meg Baird en dame Marianne), la plupart du temps, on se laisse embarquer dans ce psychédélisme qui rend grâce à Pink Floyd ou met Deep Purple sous acide (Widow steed).
En même temps, la base de la musique d’Espers reste invariablement ce folk anglais, celui de Donovan et The Incredible string band, qui émerge derrière toutes les idées sonores qui foisonnent de toute part. Une base solide, qui donne toute son humanité à la musique et à son instrumentation (flûte,violone, harpe…). Cruel storm a la joliesse d’un matin qui s’éveille (avec Meg dans le rôle de l’elfe) Et Children célèbre le mariage vocal d’un homme et d’un femme. Avec Espers, les troubadours ne boivent pas que de l’eau et rempli de cette ivresse, ont des visions sidérales. La musique est donc littéralement enivrante elle peut être d’une douceur infinie mais subrepticement perturbante et perturbée. Comme un conte de fée un peu cliché qui deviendrait un tantinet pervers, et donc intéressant (Dead King, volontairement dissonant.). Peu de groupes osent s’attaquer à ces rivages musicaux. Espers lui s’y colle avec sensibilité et talent.