"Jefferson Airplane" (l'album) cumule bien des tares et clichés du rock. Le coup de l'album éponyme comme signe de renouveau ; le coup de l'album de groupe de vieux qui se reforment ; et le coup de l'album du groupe des 60's/70's qui se chie lamentablement au passage des eighties. Forcément, cela accouche d'un monstre difforme, triste, travesti avec des pots de peintures jetés sur la tronche en guise de maquillage. L'exécution et la composition est simplement digne d'un groupe jouant exclusivement dans les mariages de rednecks états-uniens. La platitude suprême de la production de l'album de country-pop le plus quelconque de l'univers rend presque indécelable le style initial du groupe.
Sous cette montagne d'arrangements ridicules et de refrains immondes, on se prend à creuser, à mettre à nu ces morceaux et imaginer le Jefferson Airplane des années 60 les entonner comme à l'époque. Et on se dit que ça aurait pu marcher, qu'il y a toujours cette étincelle, certes bien cachée et faiblarde, mais elle est là. Pourtant, sortir un album comme à l'époque n'aurait pas servi à grand chose non plus... Certes il aurait au moins préservé la mémoire du groupe, qui semblait encore planer tranquillement après Long John Silver. Là, l'album éponyme fait s'écraser lamentablement le Jefferson Airplane dans l'abîme des groupes quelconques sans créativité, voir carrément mauvais, et le rabaisse même dans l'opportunisme le plus écœurant.
"Jefferson Airplane" n'est pas le genre de monstre pour lequel on a de l'empathie, plutôt celui dont aimerait effacer l'entière existence. Tout est à jeter sans exception, et je me demande franchement comment autant de titres merdiques ont pu être composé et choisi pour atterrir là.
Mais, même si l'écoute fut clairement douloureuse, "Jefferson Airplane" ne doit pas passer inaperçu. Incarnant de multiples travers du rock, c'est l'Exemple, avec un grand E, à ne pas suivre.