Joy
6.4
Joy

Album de Ty Segall et White Fence (2018)

Si White Fence (ou plutôt Tim Presley, de son véritable nom) ne bénéficie pas encore de la popularité de son ex-producteur et ici collaborateur Ty Segall, il fait indiscutablement partie de la même famille musicale US, celle de ces jeunes artistes prolixes, travaillés par le passé - principalement le rock psyché des années 60 - 70 - qui se sont donnés pour mission de créer la musique d'aujourd'hui dans une logique "Do It Yourself" en marge de l'industrie (ou plutôt de ce qu'il en reste).


"Joy", nouvelle collaboration entre Segall et Presley, commence par surprendre l'auditeur, et pas forcément positivement, par sa structure radicalement éclatée : plus que des chansons, nos enfants terribles nous offrent ici de brefs fragments de morceaux, qui semblent à peine ébauchés, qui se terminent déjà alors que nous n'avons même pas encore pu en prendre la mesure. Des éclairs de mélodies, des débuts de riffs de guitare, des idées de chansons, qui nous filent sans cesse entre les doigts, et qui laissent d'abord un goût de trop peu, un sentiment un peu absurde l'inutilité.


"Joy" est donc un album qu'il faut réécouter, beaucoup, souvent, pour qu'il s'invite peu à peu dans votre intimité, qu'il va à la fois perturber (ce sont les effets déviants habituels du psychédélisme) et enchanter (grâce à a la suavité des mélodies et des voix). L'osmose entre Ty (le chien sur la pochette...) et Tim (le chat...) est totale, et on est bien en peine de dire ce qui est de qui, qui a apporté quoi à cette joyeuse ratatouille...


Finalement, le brillant paradoxe de "Joy", qui en constitue peut être la plus belle preuve de réussite, c'est qu'il évoque souvent les moments les plus flippés des grands disques solos de Syd Barrett, tout en distillant un sentiment apaisant de bienveillance. Une sorte de définition parfaite de la folie douce, en sorte !


Un album qui ne sera certes pas pour tous les goûts, mais qui confirme la vitalité de cette jeune musique exubérante, qui se crée en ce moment même en Californie, et constitue l'un des courants musicaux les plus féconds de notre époque.


[Critique écrite en 2018]


Retrouvez cette critique et bien d'autres sur Benzine Magazine : https://www.benzinemag.net/2018/07/20/ty-segall-white-fence-joy-une-joyeuse-ratatouille/

Eric-Jubilado
7
Écrit par

Créée

le 8 juil. 2018

Critique lue 239 fois

Eric-Jubilado

Écrit par

Critique lue 239 fois

5

D'autres avis sur Joy

Joy

Joy

4

YasujiroRilke

5382 critiques

Critique de Joy par Yasujirô Rilke

3e album que j'écoute de Ty Segall, très apprécié par la presse indé. Et jamais la sauce n'a pris pour moi. Dans un spleen punk-rock, qui le détache de la créa actuelle, il y aussi quelque chose de...

le 30 oct. 2018

Du même critique

Les Misérables

Les Misérables

7

Eric-Jubilado

6830 critiques

Lâcheté et mensonges

Ce commentaire n'a pas pour ambition de juger des qualités cinématographiques du film de Ladj Ly, qui sont loin d'être négligeables : même si l'on peut tiquer devant un certain goût pour le...

le 29 nov. 2019

Je veux juste en finir

Je veux juste en finir

9

Eric-Jubilado

6830 critiques

Scènes de la Vie Familiale

Cette chronique est basée sur ma propre interprétation du film de Charlie Kaufman, il est recommandé de ne pas la lire avant d'avoir vu le film, pour laisser à votre imagination et votre logique la...

le 15 sept. 2020

1917

1917

5

Eric-Jubilado

6830 critiques

Le travelling de Kapo (slight return), et autres considérations...

Il y a longtemps que les questions morales liées à la pratique de l'Art Cinématographique, chères à Bazin ou à Rivette, ont été passées par pertes et profits par l'industrie du divertissement qui...

le 15 janv. 2020