De Sunno))), on peut retenir les très bons mais clivants « Black One » et « Monoliths & Dimensions » respectivement en 2005 et 2009. Le duo Stephen O'Malley et Greg Anderson a fait un art du minimalisme musical, une musique puissante, à la fois lourde et lente. On y entre ou pas du tout, il n’y a pas d’alternative et le duo ne laisse pas de choix dans sa démarche radicale. Ils revenaient en 2015 avec ce « Kannon » sur lequel le nom du groupe est accompagné du nom en caractères japonais de Guanyin, la déesse de la miséricorde chez les bouddhistes. Elle est supposée entendre la souffrance du monde et la transformer en compassion et soulagement. On comprend donc que ce disque va être emprunt de spiritualité. Trois « morceaux » en une trentaine de minutes, ou plutôt des mantras sur lesquels Attila Csihar (Mayhem), chanteur sur les derniers albums du duo, pose ses paroles et sa voix rauque, comme dans le lointain, parfois quasi-imperceptible. Je trouve leur démarche intéressante, ici, les basses puissantes sont moins mises en avant. Malheureusement, l’ensemble m’a vite ennuyé, ces mantras enchaînés censés conduire, je pense, à une sorte de transe hypnotique et régénératrice par la méditation. Là, le minimalisme devient source d’ennui et même les fans absolus du duo le trouvent décevant : trop austère et manque d’inspiration sans doute ; manque d’émotion, c’est certain. Ce que O’Malley a balayé d’un revers de la main en disant que Sunno))) n’était pas lancé dans une compétition sportive. Dans le drone, la frontière entre minimalisme artistique inspirant et ennui est souvent ténue...