En 1969, Jean-Luc Ponty débarquait à Los Angeles et il y rencontrait Frank Zappa, ce qui va lui donner une vraie reconnaissance internationale. Ponty joue en effet sur « Hot Rats » de Zappa cette année-là et en parallèle, le violoniste enregistre ce « King Kong » sous-titré sans ambiguïté «Jean Luc Ponty plays the music of Franck Zappa », histoire de dire d’entrée qu’on va être dans le monde la fusion et que les personnes avec des œillères peuvent aller écouter autre chose. Zappa n'apparaît comme guitariste (excellent au demeurant et sous-estimé) et soliste que sur l'unique composition du violoniste : « How Would You Like to Have a Head Like That ». La « Zappa Family » est aussi de l’aventure avec la participation de George Duke, Ernie Watts, Wilton Felder, Ian Underwood ! Plus que différents morceaux, l’album est plutôt construit comme un long concerto pour violon et piano. C’est un album « fusionnant » donc tout n’a pas très bien vieilli mais qui est le témoin d’une époque (fin des sixties) où les artistes voulaient décloisonner les musiques. Cet album culmine avec la pièce magistrale « Music for Electric Violin and Low-Budget Orchestra » (humour et 2nd degré à la Zappa bien sûr) : 20 minutes de musique(s) inclassable entre orchestration classique (basson, hautbois, cors, tuba, flûte, violoncelle, alto) et orchestre jazz rock. On peut même aller jusqu’à la pop et au rock, ce sont tous ces rivages qui sont abordés sans se soucier d’une quelconque « classification ». Cette pièce fait se succéder des moments écrits ou improvisés du classique au jazz, passant de l'un à l'autre sans rupture, sous influence par exemple de Varèse, Satie ou même Stravinsky, des compositeurs essentiels pour Zappa. Rien que ce morceau est phénoménal ! Le reste est logiquement un peu plus daté mais les fans du Génial Moustachu ne peuvent pas passer à côté. Une musique autant savante qu’accessible.