"On croit d'abord au père Noël, puis aux orgasmes dans les pornos, le jour où on ne croit plus en rien c'est qu'on a fini d'être ado" Vieille Branche
Ainsi s'entame ( presque ) ce nouvel album tant attendu du Klub des loosers, toujours fort de ses deux membres : Fuzati le rappeur et le producteur, et Detect le DJ/mixeur/scratcheur. Si Vive la vie dépeignait une adolescence un peu désenchantée mais avec une lueur d'espoir et des pointes d'humour, la Fin de l'espèce c'est plutôt du cynisme à outrance et de la punchline agressive jusqu'à plus soif.
Fuzati, en 8 ans, a évolué, et si on pouvait penser que le côté misanthrope était quelque peu factice, dans la fin de l'espèce, il réaffirme sa croyance profonde dans la misanthropie. En effet, les thèmes récurrents de l'album sont la reproduction ou plutôt la non-reproduction, la vacuité de nos vies et l'impossibilité de l'amour...Bref, c'est rempli de désillusions, et l'homme au masque réussit à nous émouvoir et à nous foutre le cafard, notamment dans le titre éponyme "la fin de l'espèce" désabusé, violent et lancinant avec une rythmique de piano et de la pluie en fond; c'est parfait.
Pour en revenir aux productions, elles sont toutes léchées, très inspirées de la musique jazz et brésilienne des 60's, riches, fournies, avec des introductions réussies et parfois des refrains samplés sur de la musique anglo-sanxonne souvent contrastant avec le propos du Looser, je pense surtout au "Spread some looove" sur La Chute, magnifique. Ah et mention spéciale à l'instru' de Destin d'hymen qui est littéralement envoutante.
Alors parfois on peut trouver que ça glisse dans des punchlines violentes un peu gratuites mais elles renforcent tout de même ce côté énervé de l'album parfaitement traduit sur L'indien où Fuzati dézingue dans les grandes largeurs le monde du travail et de l'entreprise : c'est violent et cynique à souhait et ça doit traduire ce que pas mal de gens pensent de l'esprit "corporate", etc...
Et pour finir j'évoquerai juste ma chanson préférée de l'album "Carte postale" où on retrouve un peu l'ancien Fuzati, moins violent, plus poétique, avec plus de métaphores; c'est toujours déabusé mais c'est plus doux et ça fait plaisir après les 11 claques que le bonhomme nous a mises. Et puis y'a un riff de guitare et une basse en guise d'instru bien puissantes.
8 ans était le temps nécessaire pour lui, et malgré l'attente pesante, il réussit l'exploit de ne pas nous décevoir, de gommer les errances de son flow et d'avoir créé de bien meilleures instrus. C'est un peu court mais c'est tellement irréprochable. Un grand merci à lui.