Adapter ce formidable roman qu’est La Horde du Contrevent en un album de musique avait de quoi rendre enthousiaste. Bien entendu, le pari était risqué : passer derrière un chef d’œuvre pour lui rendre hommage de la sorte n’est jamais chose facile, et à vrai dire, ça se ressent lors de l’écoute. L’album n’est pas mauvais, mais il ne m’a pas non plus convaincu, et je vais tenter d’en expliquer les raisons dans la suite de cette critique.
Expérimental… C’est sans conteste le mot qui me vient le plus spontanément à l’esprit pour qualifier l’ensemble. Était-ce la volonté de fournir quelque chose d’au moins aussi atypique que le roman qui a conditionné ce choix ? Difficile à dire. Mais le constat c’est que ça sort clairement des sentiers battus. Je m’attendais à une réelle mise en musique de l’histoire, et c’est finalement quelque chose d’un peu différent qui nous est proposé, privilégiant une ambiance où se mêlent des sons de l’environnement (le vent, l’eau, etc.) à une instrumentation plus ou moins discrète suivant les morceaux.
Alors certes, c’est agréable et reposant, mais ça ne véhicule pas d’émotion particulière et c’est là mon principal reproche. On ne se sent pas investi par la musique, ça ne nous transporte pas. J’ignore pourquoi, mais cette ambiance instaure une certaine distance entre nous et les événements, on reste un lointain spectateur qui ne se sent pas impliqué. Je n’ai pas eu cette impression de plonger dans l’histoire, d’être balloté de-ci de-là, de contrer avec la Horde comme ce fut le cas dans le roman.
Bref, il manque pour moi d’une musique plus consistante. Pourquoi pas de chant ? Les textes, repris du livre, sont très bons, mais se contenter de les parler sur fond ambiancé nous donne une impression de platitude. Il manque de mon point de vue d’une mise en chant qui leur aurait donné plus de vie, plus de couleur, à l’image de Cappizzano, le seul morceau chanté, qui illustrent bien mieux la joute entre Caracole et Sélème que ne l’aurait fait une simple récitation. C’est d’autant plus dommage que les voix m’ont paru plaisantes et donc sous-exploitées.
Finalement il s’agit là de choix assumés, mais qui m’ont déçu. Pas de chant, trop de répétitions dans les rythmes, pas de morceaux marquants, voire même certains décevants comme Ne dites jamais fontaine. J’attendais quelque chose de plus fort, plus percutant. J’attendais un véritable furvent en plein visage, un crescendo lors de la joute à Alticcio, un puissant « NORS-KA !! » venu des tréfonds du Golgoth ! Mais non, tout reste prisonnier d’une certaine monotonie.
Cependant, malgré ma déception, tout n’est pas à jeter, d’où la note de 5. Il y a du travail, certaines pistes demeurent positives, notamment Contrevents, Cappizzano ou encore Décaracolisation, le seul morceau qui m’ait touché, et l’ensemble reste agréable à défaut d’être mémorable. Un album qui souffre peut être trop de l’inévitable comparaison qu’on fait avec le livre, qui ne délivre pas la même force, ni la même capacité d’immersion. Un complément toujours appréciable donc, mais dont on reste en surface, pas transcendant comme je l’espérais.