En 1996, le trip-hop a déjà produit plusieurs œuvres majeures et commence à affirmer son identité. Pourtant, dès son premier album, Lamb donne l'impression de regarder ailleurs. Là où beaucoup de groupes privilégient les ambiances lentes et enfumées, le duo injecte de la drum & bass, des rythmiques plus mobiles et une énergie qui change constamment la trajectoire des morceaux.
Ce qui frappe le plus, c'est le soin apporté au son. Les textures sont travaillées avec une précision remarquable, les mélodies occupent une place centrale sans jamais écraser le reste, et la voix de Lou Rhodes agit comme un fil conducteur capable de relier des idées parfois très différentes. L'album refuse de s'installer dans une formule confortable. Il passe d'une approche presque contemplative à des passages beaucoup plus nerveux, puis s'autorise des détours jazz, électroniques ou dansants sans perdre sa cohérence.
J'apprécie particulièrement cette volonté d'exploration. Même lorsque tout ne fonctionne pas parfaitement, le disque donne constamment l'impression d'essayer quelque chose. Cette curiosité lui permet d'éviter l'un des pièges du genre : reproduire le même morceau sous plusieurs formes. Ici, chaque nouvelle piste semble chercher un nouvel équilibre entre émotion, rythme et expérimentation.
Tout n'est pas irréprochable pour autant. Certaines compositions s'étirent davantage que nécessaire et quelques moments plus sentimentaux ou plus atmosphériques peinent à maintenir le même niveau d'attention. À plusieurs reprises, l'album frôle la complaisance alors qu'il était jusque-là porté par son mouvement permanent. Ces passages ralentissent légèrement une expérience qui aurait gagné à être un peu plus resserrée.
Malgré cela, Lamb reste une entrée en matière impressionnante. Beau sans être décoratif, ambitieux sans devenir démonstratif, risqué sans perdre de vue l'écoute. Un premier album qui montre déjà une identité forte et une envie constante d'explorer de nouvelles directions.