Oui j’ai mis 10.
Et je l’ai mis dans mon top 10, tout à fait.
Cet album de LAMOMALI, oui oui, parfaitement.
Pourquoi ?
Tu me demandes pourquoi ?
Excuse moi, je ris, mais je ne me moque pas, hein, je te promets. C’est juste que ta question me prend à l’impromptu, vois-tu. Et la seule explication que je trouve à cette interrogation de ta part, c’est que tu ne l’as pas écouté. N’est-ce pas ?
Ben voilà. J’en étais sûre.
Commençons par mettre les choses à plat, si tu veux bien. Car je l’ai bien sentie, ta petite pointe de mépris. Si si. Sur le top 10.
Parce que je te connais.
Pour toi, le Top 10, c’est les incontournables, les chefs d’œuvre selon Rolling Stone (et ces collègues élitistes, en plus d'être bobos, qui étalent leur science quand tu vas boire un verre en after work), les albums qui font consensus : Led Zeppelin, Bob Dylan, David Bowie, Pink Floyd, les Beatles, Radiohead et bien d’autres …
Attention, je les aime bien aussi, moi. Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit. C’est des bons, des grands. C’est des mastodontes. Y’a pas de mystère.
Mais moi tu vois, le principe de mon top 10, c’est surtout des albums qui ont changé ma vie. Qui ont changé mon rapport à la musique. Des albums qui, à un instant précis, ont fait chavirer mes certitudes, chamboulé mes principes, ensoleillé mes jours et/ou bouleversé mes nuits. Même pour un mois. Même pour une semaine.
Pas forcément les plus grands albums, mais les plus importants.
Et c’est ça, Totem de Lamomali. L’album posé là, l’air de rien, dans tes nouveautés Deezer, et qui espère que tu vas avoir une once de curiosité en toi pour lancer le machin, et qu’il puisse se déployer et t’embarquer. T’es dans le métro, entourée de froideur, de têtes baissées sur des portables tenus par des pouces qui swipent, et qui swipent et qui swipent encore et en 3 secondes …
Téléportation.
Mais pas sur Aldea avec Oreilles Pointues.
Non non.
Une lumière aveuglante, mais naturelle, un soleil qui réchauffe, mais qui brûle pas (tant mieux, j’ai une peau de rouquine), de la terre sous les pieds (ouais ouais, je sais, y’a aussi du goudron là-bas, mais tu sais pas dans quel coin je me suis retrouvée, donc tais-toi, par pitié), et des gens, tout près de moi, souriants, joyeux, qui m’accueillent à bras ouverts, chantant et dansant. Je les dévisage : un blanc cachet d’aspirine qui traine sa guitare électrique ; un gars bronzé qui se présente comme rappeur ; et plein d’autres. Je les connais pas. Mais sont sympas. Très. Ça me fait même peur, les gens sympas, j'ai pas l'habitude … j’habite Lyon !
Mais eux, ils sont joie, ils gratouillent, ils chantonnent, ils sont habités, et moi tu sais, je suis pudique, je ne danse jamais, JAMAIS en public, mais là … Tu résistes comment à ça, toi ?
Sur ce, ils me font grimper dans un pick-up, genre Honda tu sais, ceux pour transporter les oignons, et ils viennent tous près de moi : l’autre con et sa guitare (oui, je lui en veux, tu verras pourquoi), le rappeur, et tous les autres. Je vais être honnête, je brille pas. Mais j’ai vu des docus sur Boko Haram et j’ai pas souvenir que c’était des boute-en-train de service, les gars.
Ah oui, je t’ai pas dit, mais c’est là que je découvre, par hasard (et parce que je ne suis pas la moitié d’une andouille) que je suis au Mali !
Je suis embarquée pour une petite balade, ils me racontent les traditions, me font visiter les villages, puis Bamako (un peu mytho les gars, soit-disant qu’il y neigerait … Il neige à Bamako ! Mais oui, bien sûr (je veux pas les contrarier. Boko Haram ou pas, on n'est pas à l'abri d'une torgnole !)
Et si t’as tendu l’oreille, t’as remarqué comment impossible que tu te lasses ? Disco par-ci, électro par-là, sur fond de Kora et de folklore local ...
De temps en temps, le pick-up s’arrête pour prendre des gens en stop : un couple d’aveugles pour commencer, qui se joignent à la chorale et attention, ils entament un titre, mon gars ! Un hymne ! Pour la mono- obsessionnelle que je suis … un cadeau du ciel. Je t'aime. Ils ont bien voulu le jouer 2-3 fois mais l’autre con avec sa guitare, ça l’énerve que je danse : parait que c’est dangereux dans un pick-up qui roule.
Du coup, il passe prendre un pote à lui, un castra ou je sais pas quoi, Philippe Kekchoz et … Ad vitam ! Dans ma face ! Calmée la fille ! Ça me passe l’envie de danser, crois-moi. Assise, prostrée, en train de chougner à la Exarchopoulos dans la Vie dAdèle. Parce que l’autre con là, c’est précisément à ce moment-là qu’il devient con : avec ses deux notes de guitare, son riff qui m’étouffe, qui me tord le cœur. Des larmes pleines de beauté, de grandeur, de passion, mais des larmes quand même quoi ! Déjà que je n’avais pas beaucoup de dignité en dansant mais là … la Honte. Avec le H.
Il s’en veut un peu, l’autre con, alors retour à la joie, à la fête, un déferlement de bonheur, en compagnie de ce peuple qui danse, si beau. Si grand. Si fier. Ce peuple qui danse.
A l’arrivée, le constat : ce voyage est merveilleux, délicieux, envoutant et addictif. Je ne sais pas comment les remercier mais heureusement y’a les mots …
Le retour à la vie réelle est compliqué alors dès que je le peux, je clique et …
Voilà pourquoi cet album est dans mon top 10.
Ça n’est pas un mastodonte, mais c’est le mien. Un Mali-Melo de poésie, de tendresse, d’amour, surtout ! L’amour d’un pays, l’amour de toi, l’amour quoi !
Le seul (gros) regret : ne pas avoir vu cette fine équipe dans une grande salle en France parce qu’album découvert trop tard. Heureusement le live vient de sortir, mais ça ne sera pas pareil de l’écouter dans mon salon … quoique …
Nota : tu feras gaffe, y’a un jeu de mots. LAMOMALI … L’âme au Mali … Il m’a fallu une semaine pour le capter, mais pour toi c’est cadeau.