Depuis des années, Yom mûrissait une idée simple mais exigeante : traduire en musique le « rythme du silence », expression empruntée à un maître soufi pour définir la méditation. Avec Théo et Valentin Ceccaldi, violoniste et violoncelliste inséparables, il trouve enfin les partenaires capables de donner corps à cette intuition. Leurs trajectoires, marquées par le décloisonnement et l’énergie inventive, convergent ici dans un espace sonore à la fois tendu, dépouillé et incandescent. Dès Silent Path, le trio impose un temps dilaté où chaque note compte. Les morceaux s’enchaînent sans rupture, formant un continuum traversé d’ostinatos hypnotiques, de montées en intensité et de silences chargés d’écoute. Certains instants suspendent le souffle (The Void, Incantation), d’autres embrasent la scène intérieure — Sacred Lake en tête, sommet de tension et de lyrisme, ou Angry Prayer, traversée d’un violon halluciné. Le morceau-titre condense l’esprit du projet : une mélodie presque nue, patiemment étirée, qui fait du silence une architecture invisible autour de laquelle s’enroule la musique. Entre musique de chambre, échos orientaux et transe méditative, ce trio n’essaie pas de remplir l’espace mais de l’habiter. Comme le disait Miles Davis : « La véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu’encadrer celui-ci. » Ici, on en sculpte la vibration.