Comment faire ? Les premières lignes sont à peine entamées que je me sens déjà bridé, écrasé, submergé par l’œuvre, titanesque, vénérée, adulée. Comment m’exprimer vis-à-vis de cet album sans me sentir tout petit, indigne, insignifiant pour critiquer ce Led Zeppelin IV déjà maintes et maintes fois analysé, interprété, louangé, béatifié, canonisé ?

Le problème, c’est que ce genre d’œuvre sanctifiée, on commence l’écoute complètement désarçonné : on n’ose pas imaginer qu'il puisse y avoir de la médiocrité une seconde, donc on se sent un peu obligé d’aimer.

Et mon problème, c’est qu'elles ont souvent mon mépris instinctif, je les juge d’un réflexe pavlovien, et négativement, parce qu'elles sont trop glorifiées unanimement par la plèbe. Led Zeppelin IV partait donc assez mal, biaisé par mes préjugés subjectifs.

Je ne savais donc pas vraiment comment intégrer Black Dog à mon sens critique, j’aimais ses riffs, le chant érotico-félin de Plant et tout ce qui va avec, mais, comme dit, je me disais que toute baisse d’entrain ou d’enthousiasme de ma part serait vécue comme un crime, et que je serais éternellement indigne d’écouter toute sorte de musique.

Si je ressentais ça pour Black Dog, alors imaginez un peu Stairway to Heaven ! Bon, ici, j’ai beau être très réfractaire aux œuvres adoubées excessivement et abusivement par la plèbe, il faut dire que cette chanson est vraiment magnifique, que le groupe transmet une émotion si intense qu’on ne peut qu’en ressortir frappé, sonné. Que ce soit au niveau des couplets, aussi sibyllins que beaux, du solo, mythique, de la deuxième partie, sublime… bref, c’est vraiment incroyable, même avec toute la chianterie populaire qui lui colle à la peau.

Rock and Roll décoiffe, le piano apporte une touche subtile qui sublime le morceau, c’est un Led Zep bien énervé qui fonctionne. Le mi-Doors mi-Who Misty Mountain Hop a aussi un côté sympathique, une qualité certaine qui permet à l’auditeur de ne pas retomber après toutes émotions. Four Sticks, pareil, mais en mieux.

Going to California est peut-être plus lente et moins accrocheuse, mais Plant parvient encore à transmettre quelque chose ici.

When the Levee Breaks nous reste en tête de longs moments, c’est ce genre de morceau qui arrive à être répétitif sans être lassant, parce qu’on comme hypnotisés par ce riff qui sent la Louisiane, cet harmonica gémissant, cette force herculéenne de Bonham qui dégomme sa batterie en prenant son temps, bref, une chanson qui nous transporte et dont on apprécie l’enivrante compagnie.

Et The Battle of Evermore, qui m’ennuyait lors des premières écoutes, est maintenant l’une de mes préférées. J’adore cette ambiance celtique, la douceur cristalline de la mandoline, les voix harmonisées de Plant et Sandy Denny. Tout le long, on est portés par les arpèges, les couplets, le refrain, jusqu’à ce final magnifique, où le chanteur s’époumone à merveille pour le retour de l’anneau ! Le morceau sera repris par le groupe Heart qui délivrera une interprétation magistrale.

Voilà donc les maigres mots pour décrire le monstre, l’album qui pèse plus lourd que les autres, celui inscrit au panthéon du rock et du peuple. Je l’ai abordé, et ce fut bien mince, mais comment faire autrement ?

Ubuesque_jarapaf
9

Créée

le 30 oct. 2023

Critique lue 8 fois

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