Un album que j'ai découvert assez tôt dans mon parcours, acheté chez un disquaire d'occasion dans sa version LP blanc limité à 2000 ex., vers début 1996 je pense. Racheté aussi depuis en CD (la réédition de 1999).
Pierre angulaire du death-metal suédois pour beaucoup, « Left Hand Path » établit en son temps un standard en terme de son (grave, râpeux et sale). Enregistré au Sunlight Studio de Tomas Skogsberg, il influencera toute la scène scandinave du début des années 90. Les morceaux se suivent sans laisser de répit et sont tous très puissants, d’une homogénéité sans faille : il n’y a rien de superflu, ni dans les structures des morceaux, ni dans les riffs ou les soli, ni dans les parties vocales pourtant hurlées à la mort, ni dans les rythmiques de batterie. C’est la sauvagerie qui prédomine sur cet album, l’immédiateté : les mélodies sont accrocheuses malgré la saleté du son de distorsion, les riffs renvoient parfois à la rusticité du punk/hardcore, une influence revendiquée par le groupe. Quand une guitare lead s’exprime, c’est pour souligner ici les ténèbres (harmonisation lugubre) ou bien ailleurs le chaos (atonalité agressive). Quelques passages (à la fin de « Left Hand Path » ou au milieu de « When Life Has Ceased » par exemple) ralentissent sévèrement avec de gros accords écrasants, contrastant avec l’allure générale, plutôt rapide c’est vrai mais ne tombant jamais dans la surenchère : rien ne dépasse de ce bloc de death-metal intense et intègre. Il y a, en plus, quelque chose de particulier dans l’architecture de ce disque qui résout plutôt bien la contradiction entre progression narrative et structure couplet/refrain : cela produit une sorte de sentiment épique malgré la sauvagerie générale, et c’est ce que je trouve très fort, encore bien des années après l’avoir découvert. Le jeu de batterie est énorme sans éclipser le reste des instruments : efficace et spontané, ce sont les deux qualités qui me viennent à l’esprit pour le décrire. La basse, bien que discrète, claque parfois sur les guitares en des moments bienvenus, mais elle n’apporte rien d’essentiel sur la longueur. Enfin, le chant est déchiré, à moitié guttural, à moitié hurlé, sur certains passages, même complètement possédé par la folie je trouve (les cris et rires sadiques dans « Morbid Devourment ») ; assez peu retravaillé visiblement, c’est lui qui donne au disque sa couleur, les phrases sont parfois complètement mangées et sur « Bitter Loss », si on entend une phrase en chant clair elle est vite happée par les borborygmes inhumains qui suivent. Une tuerie… Un de mes disques préférés dans le genre, je l'avoue, ni plus ni moins.
La réédition de 1999 de cette version CD compte deux bonus tracks : « Carnal Leftovers » et « Premature Autopsy ». Un morceau beaucoup plus « punk » d’abord, très direct avec un riff principal très accrocheur et des blast beats frénétiques, pourtant par ailleurs peu prisés du groupe. Un autre titre, ensuite, plus classique, au chant noyé par un effet assez affreux, et qui n’apporte pas grand chose de plus à ce monument.