La VHS "Les Clips" de 1987 constitue une étape essentielle dans la construction de l’univers visuel de Mylène Farmer et de sa collaboration fondatrice avec Laurent Boutonnat. À une époque où le format du vidéoclip commence tout juste à s’imposer comme un outil artistique à part entière, cette compilation rassemble plusieurs de leurs premières réalisations majeures et témoigne d’une ambition déjà très affirmée. L’ensemble dépasse largement la simple logique promotionnelle pour proposer une véritable immersion dans un univers narratif et esthétique en pleine construction. Dès les premiers clips, on perçoit la volonté de Boutonnat de traiter chaque chanson comme un court-métrage. « Maman a tort », « Plus grandir », « Libertine » et « Tristana » ne sont pas de simples illustrations musicales, mais de véritables récits visuels construits avec soin, chacun développant son propre imaginaire. Cette approche donne à la VHS une cohérence artistique rare pour l’époque et contribue à installer Mylène Farmer comme une artiste à part dans le paysage musical français. L’un des points les plus marquants de cette compilation réside dans la progression visible entre les clips. On observe une montée en ambition évidente, tant sur le plan narratif que visuel. Si « Maman a tort » reste relativement simple dans sa mise en scène, « Libertine » et surtout « Tristana » atteignent déjà une dimension cinématographique impressionnante, avec des décors élaborés, des costumes travaillés et une photographie recherchée. Cette évolution rapide témoigne d’une vision artistique en constante affirmation. Mylène Farmer, quant à elle, s’impose progressivement comme une figure centrale de cet univers. Son jeu, souvent minimaliste mais chargé d’émotion, participe à la force évocatrice des clips. Elle incarne des personnages complexes, oscillant entre fragilité, provocation et mélancolie, ce qui renforce la cohérence de l’ensemble. Malgré certaines limites techniques liées à l’époque, notamment des effets spéciaux datés ou des contraintes de production visibles, la VHS conserve aujourd’hui une puissance indéniable. Ces imperfections participent même à son charme et à son authenticité. Les Clips apparaît ainsi comme un objet fondateur, à la fois témoignage d’une époque et point de départ d’une esthétique qui marquera durablement la musique francophone. Plus qu’une simple compilation, cette VHS représente la naissance d’un univers artistique cohérent, ambitieux et profondément singulier, qui continuera de se développer dans les années suivantes avec une ampleur toujours plus cinématographique.