Il aura fallu attendre seize ans depuis Til The Casket Drops pour voir naître un nouvel album de Clipse, duo mythique des années 2000, autant réputé pour ses flows incisifs que pour ses croisades contre son ancien label. Entre temps, la fratrie Thornton n’a pas pris les mêmes chemins : qualifier de discrète l’activité musicale de No Malice serait un euphémisme, tandis que Pusha T a de son côté largement étoffé sa carrière solo, grâce à de grands albums – Daytona en tête, véritable disque incisif entièrement produit par le désormais infréquentable Kanye West – et à un beef légendaire avec Drake, forçant ce dernier à désormais assumer son fils caché.
Pourtant, No Malice clamait publiquement en 2014 la disparition définitive du duo et l’impossibilité qu’un nouvel album puisse voir le jour. La présence du groupe sur Jesus Is King de Kanye West (Use This Gospel) constituait un premier signe de réchauffement, tout comme la première diffusion publique de Chains & Whips, second titre du présent album, en juin 2023 sur les podiums de Louis Vuitton. Les doutes furent donc définitivement levés le 4 septembre dernier lors de l’annonce officielle d’un nouvel opus conduit sous la houlette logique de Pharrell Williams, fidèle et régulier producteur des deux empereurs du cokaine rap.
Sans renouer complètement avec la pertinence de ses productions pour The Neptunes, Pharrell a su apporter aux deux vétérans la dose de modernité suffisante pour que ce nouveau disque ne souffre pas d’anachronisme. Williams semble s’être particulièrement appuyé sur son expérience aux côtés de son ami Nigo, styliste et producteur qui dévoilait il y a trois ans son premier album, I Know NIGO!, accueillant la crème de la scène rap, Clipse compris, et dont plus de la moitié des productions était issue de l’imagination de Pharrell. D’ailleurs, il se pourrait bien que certains morceaux de Let God Sort Em Out aient été élaborés à la même période tant les ponts entre les deux disques sont faciles à établir : P.O.V et Ace Trumpets suivent ici le même schéma que Come On, Let’s Go, conclusion aux refrains presque trop catchy sur fond de grands synthétiseurs lointains et profonds. Reste que si ces deux titres fonctionnent un minimum et profitent d’un certain replay value, ils ne collent pas à 100% avec le style brut habituel du duo et peuvent faire ressentir un certain manque d’authenticité dans la démarche.
Suite de la chronique chez Mowno :
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