C'est l'une des dernières grandes figures vivantes du blues, un géant dont le jeu perforant et acrobatique a inspiré toute une génération de guitaristes rock, à commencer par Jimi Hendrix qui le tenait pour son maître. Seul ou associé à l'harmoniciste Junior Well , Buddy Guy a perpétué l'héritage du Chicago blues à travers les années 60 et 70, avant de connaître un succès planétaire en 1991 avec Damn Right, I've got the Blues, un album explosif où il damait le pion à ses invités, Eric Clapton, Jeff Beck et Mark Knopfler. Deux décennies plus tard, il était de retour aux affaires sérieuses avec le tonitruant Bring Em In, un disque pêchu, branché sur courant fort où il fait rugir sa Stratocaster dans des reprises soul rock du meilleur goût. Dès l'intro de Now You're Gone, le père Buddy montre de quel bois il se chauffe: disto et réverbération à coin, il s'empare de la ballade de Curtis Mayfield avec une vigueur de jeune homme. Chanteur spectaculaire à l'inimitable falsetto, il risque à chaque note la rupture d'anévrisme sur des classiques de Wilson Pickett ou Screamin Jay Hawkins, comme dans I Put a Spell on You où il croise les cordes avec un Carlos Santana pour une fois inspiré. D'autres invités viennent aussi poser leur voix ou leur guitare. Les moins dispensables étant Keith Richards et surtout Tracy Chapman qui fredonne un couplet de l'immortel chef-d’œuvre de Bill Withers, Ain't No Sunshine. Et même la présence de blancs becs comme John Mayer ou Anthony Hamilton ne tempère en rien l'ardeur de cet indémodable brûlot électrique.