Loud Like Love
6.1
Loud Like Love

Album de Placebo (2013)

Placebo m’a souvent accompagné dans les marges de l’existence — ces zones floues entre la rage et la fragilité, entre le désir d’être vu et celui de disparaître. Alors forcément, Loud Like Love, avec un titre pareil, éveillait l’espoir d’un retour à ce tumulte intérieur, cette intensité crue que le groupe savait si bien transformer en musique. Mais à l’écoute, ce qui m’est parvenu, ce n’est pas un cri du cœur, c’est un murmure — sincère, mais trop sage, presque contenu.


L’album commence avec « Loud Like Love », un morceau au charme immédiat, presque naïf, dans sa façon de proclamer l’amour à pleine voix. On sent une envie d’ouverture, de lumière, comme si Placebo avait troqué ses habits noirs pour une chemise plus claire, moins chargée de douleur. Ce n’est pas désagréable — c’est même touchant, par moments. Mais très vite, cette douceur devient aussi sa limite : l’émotion peine à déborder, à heurter, à écorcher.


Placebo a toujours eu le don de rendre le mal-être presque poétique, de donner une voix à ceux qui n’en avaient pas. Pourtant, ici, les textes semblent souvent tourner en rond. « Too Many Friends » veut pointer du doigt l’absurdité des relations modernes, mais tombe dans une ironie un peu froide, qui laisse à distance. « A Million Little Pieces », malgré sa belle montée dramatique, reste trop prévisible pour vraiment bouleverser. Ce n’est pas que Molko ment — au contraire, on le sent sincère — mais cette sincérité semble comme confinée dans un cadre trop étroit, trop balisé.


Là où Placebo frappait fort avec des sons rêches, presque brutaux parfois, Loud Like Love choisit la voie de la maîtrise. Tout est bien produit, trop bien peut-être. Les textures sont polies, les guitares s’effacent au profit d’arrangements électroniques certes soignés, mais qui ne laissent plus autant de place à l’instinct, au vertige. Il manque cette faille, ce déséquilibre qui donnait à leurs anciens morceaux une forme de beauté accidentée. Ici, tout semble tenir debout, mais rien ne tremble vraiment.


Heureusement, l’album n’est pas dépourvu de moments plus puissants. « Exit Wounds » est probablement la chanson qui m’a le plus parlé : un cri étouffé, une colère rentrée, un goût d’amer sous la langue. Là, j’ai retrouvé un instant ce frisson qu’on éprouve quand Placebo touche juste. « Hold On To Me », plus dépouillée, parvient aussi à émouvoir par sa simplicité presque maladroite, comme une main tendue sans garantie d’être prise. Ce sont ces instants-là qui sauvent l’album du désintérêt total — mais ils restent trop rares pour inverser la tendance.


En fin de compte, Loud Like Love ressemble à une tentative d’apaisement, comme si le groupe cherchait à faire la paix avec lui-même. Et c’est respectable. Mais pour quelqu’un qui aimait Placebo pour ses fêlures, ses débordements, son étrangeté assumée, cette version assagie laisse une impression de distance. C’est un album honnête, oui. Mais c’est aussi un album qui ne m’a pas bouleversé, qui n’a pas laissé de trace durable après la dernière note.


La note de 5.5/10 reflète ce paradoxe : je ne peux pas dire que c’est raté, mais je ne peux pas non plus dire que j’y ai trouvé ce que je venais chercher. Il y a de la lumière, mais elle n’aveugle pas. Il y a de l’amour, mais il n’est pas si bruyant.

CriticMaster
5
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le 18 avr. 2025

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