Qu'on ne se fie pas au titre évocateur de ce disque ni à la pochette «glamour» à souhait où elle arbore un look improbable, quelque part entre Sylvie Vartan et Kim Basinger: Diana Krall n'est pas une chanteuse de variétés pour adolescents attardés, elle est tout simplement ce qui est arrivé de mieux à la chanson de jazz depuis belle lurette. Pas trace sur les treize plages que compte cet impeccable album de ces pâtisseries écœurantes dont l'industrie du disque américaine a le secret, cette Diana-là a horreur du gras et de la guimauve. Avec un répertoire, essentiellement tiré des «musicals» des années trente, qu'elle décante jusqu'à l'épure, elle se place dans les traces glorieuses de toutes celles, de Billie à Ella, qui ont illustré ces chansons immortelles. Accompagnée seulement de son piano (qu'elle sait faire délicatement swinguer), de la fantastique contrebasse de Christian McBride et de l'aimable guitare de Russell Malone, Diana Krall distille de sa voix troublante quelques scènes d'amour inoubliables. Ecoutez «GentleRain» ou «How Deep is the Ocean»: si vous ne grimpez pas aux rideaux, c'est vraiment sans espoir ; il ne vous reste plus qu'à acheter l'intégrale de Patricia Kaas...