Toute la détestation qu’on peut avoir pour la musique des années 1980 se trouve déjà dans les premières mesures de la première chanson du premier album de Madonna.
Cette funky-post-disco pop aux guitares électriques "pas branchées"* (au secteur, s’entend ; les mêmes que sur "You’re Under Arrest" de Gainsbourg, par exemple – beuark !), aux basses slappées, aux synthés se substituant à tout instrument acoustique dès qu’ils le peuvent, ou encore aux immondes gimmicks qui font dzoïng-dzoïng (cf. le début de "Holiday") et qu’on trouvait déjà l’année d’avant sur le "chef-d’œuvre" de Michael Jackson ("Baby Be Mine") vont pulluler dans la production musicale de la décennie, et la flinguer. Pas étonnant qu’à côté de ça, on ait pu si facilement, par contraste, nous faire croire que Dire Straits ou U2 étaient de grands groupes de rock (et Knopfler un guitariste génial). Tu parles !
D’ailleurs, si une comparaison peut être faite avec Jackson, ce n’est pas Prince qu’il faut mettre en face, comme malheureusement trop souvent cela est fait, mais bien Madonna (Prince - à l’instar d’un Stevie Wonder - n’a jamais eu besoin de personne pour faire un disque, vu qu’il écrit, compose, arrange, produit et joue tous les instruments tout seul).
Madonna, c’est Michael Jackson en fille …et en adulte. Aucun des deux n’a de grand talent musical sans le personnel de qualité qui peut les entourer, et tous deux utilisent la musique comme tremplin pour se faire valoir à coup de clips et de chorégraphies pour l’un, de provo sexy et de films pour l’autre, et de shows énormes pour les deux. Leur plus grand talent réside dans leur capacité incontestable à sentir la mode et l’ambiance d'une époque, afin de choisir la personne la plus compétente et adéquate pour cartonner grâce aux sonorités les plus emblématiques du moment. D'ailleurs, un fait qui ne trompe pas, pour ce type d'artiste, à chaque nouvel album, on prend toujours bien la peine d'insister sur le fait que c'est Machin ou Bidule qui a produit le nouvel album (ce qu'on a jamais vu chez des Bowie, des Prince, des Wonder, des Pink Floyd, des Stones, des Cure... dont on se fout du nom du producteur ; parce que, non, ce n'est pas ça qui compte).
Musicalement, ni Madonna, ni Jackson n’ont donc jamais été en avance sur les autres ou précurseur de quoi que ce soit. Et je dis bien "musicalement". Il ne s’agit ici que de ce qu’il y a sur les disques. On se fiche du reste, qui n’est que promo et habillage.
Madonna est donc avant tout une icône et un symbole de cette période musicalement très très pauvre que furent les années 1980, durant lesquelles seuls quelques rares artistes avaient vraiment des choses intéressantes à proposer, loin du tout-synthés (Prince, The Cure, Tom Waits…) Et il suffit d’écouter ses albums de 1983 à 1989 pour s’en rendre compte ; à commencer par cet horrible premier.
Durant la décennie suivante, Madonna va affirmer (comme Jackson) sa mainmise sur le showbiz musical à coups de concerts mammouth et de clips sexy (là, pas comme Michael). Mais si, grâce à la très sympathique B.O. de Dick Tracy (1990), on l’entend enfin chanter des choses valables accompagnée d’instruments acoustiques, elle nous refera en revanche le coup de ce premier album comme référence du mauvais goût de son époque avec Erotica (double, en plus - Eh oui : 75mn), horreur techno-dance sans âme, typique des années '90. Puis au XXIe siècle, après le carton de Ray of Light (sur lequel il n'y a pas plus de raison de s'extasier que sur les autres), comme beaucoup d’autres, elle va devenir une caricature d’elle-même. (Sont-elles pas belles, nos Pierres Roulantes ?)
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* : évidemment qu’elles sont branchées au secteur. C’est juste que la sonorité claire, mate et moche, totalement anémiée, donne la sensation que le gratteux joue sur son instrument débranché.