Les Stooges ont été un des groupes les plus influents de l’histoire du rock mais il a vraiment fallu attendre la vague punk à la fin des seventies pour s’en rendre compte. Le groupe n’existait plus depuis belle lurette et durant sa (courte) carrière n’avait pas connu de succès commercial. C’est pourquoi cet album peut ressembler davantage à un document historique qu’à un album testament puisqu’il retranscrit le dernier concert du groupe d’Iggy au Michigan Palace de Détroit, le 9 février 1974, un bouge mal famé où le public est essentiellement constitué de bikers, de junkies du coin, un public bigarré qui n’est pas là pour beurrer les sandwichs mais bien coller quelques bourre-pifs à un groupe, et son chanteur en particulier, qui a fait de la provocation son fonds de commerce ! La 1ère face comprend le concert au même endroit du 6 octobre 1973 (quelques mois après la sortie de l’inflammable « Raw power ») et l’autre donc du 9 février 74, juste avant historiquement les premiers sets des Ramones, qui vont reprendre le flambeau de la punkitude en s’inspirant des Stooges. Les ultimes assauts live des Stooges avant que ces derniers ne se reforment dans les années 2000. Autant le dire tout de suite, le son est calamiteux et cet album a longtemps circulé en bootleg avant de sortir sur le label français de Marc Zermati en 1976, Skydog Record. C’est James Williamson, le serial killer préposé à la six cordes, qui enregistra le gig sur un simple magnétophone 4 pistes. Le son est donc d’une qualité déplorable faisant passer les sonorités faiblardes du mix originel de « Raw power » pour du top niveau.

En même temps « Stooges » et « Hifi » ne peuvent pas aller ensemble mais il faut quand même préparer vos esgourdes à du brutal, rugueux, pourri (à vous de cocher le mot adéquat) ! C’est l’année où les prémices du punk commencent à se faire entendre avec les 1ers disques rentre-dedans des Ramones et les Pistols semant la désolation dans la Prude Albion. Tous sans exception savent ce qu’ils doivent aux Stooges et ne se gêneront pas pour en reprendre des titres (« No fun », « I wanna be your dog »…). Les deux prestations réunies ici sont totalement chaotiques, violentes et radicales avec un groupe en bout de course. Les membres du groupe multipliaient les abus en tous genres et se rapprochaient de l’autodestruction à coup de drogues dures, alcool, médocs. Iggy a raconté dans le film de Jim Jarmusch « Gimme Danger » ces derniers concerts : ils venaient/ ou pas ; ils tenaient le coup/ ou s’effondraient sur scène…Tout le monde est au bout du rouleau. Iggy voulait que tout ce cirque s’arrête, c’est lui-même qui l’a dit. Usé, certes, mais peut-être aussi poussé par son pote Bowie qui avait sans doute quelques idées derrière la tête pour la suite de sa carrière. Alors voilà, le concert est d’une violence extrême, aux insultes du public répondent celles d’Iggy, une partie des Bikers dans la salle fait partie du club des Scorpions que le chanteur avait insulté la veille sur une radio ! Et ils ne sont pas là pour tresser des guirlandes mais…. Pour tuer l’Iguane et ses acolytes ou du moins défoncer les « petites tapettes glam » que sont les Stooges. Durant tout le concert, les musiciens se reçoivent le plein de projectiles, bouteilles de bière, vin, fruits et légumes pourris, des jarres, des pelles, et autres glaviots mais aussi des sous-vêtements affriolants depuis les 1ers rangs (dixit Iggy !). Bonjour l’ambiance ! Une sorte de happening brutal et rageur durant lequel aucun mort n’a été déclaré, ce qui en soi tient du miracle !!!

Bon, musicalement, cet album n’a que peu d’intérêt. C’est mou, foutraque, pas en place ; un peu comme si tout le monde avait hâte que ça se termine pour aller voir ailleurs. Williamson a avoué à quel point il en avait ras-la-casquette de ce bordel… On y entend bien sûr les hymnes de l’album « Raw power » comme « Search and destroy », le hit éponyme, « Gimme danger » qui prennent ici parfois des proportions cataclysmiques en live, c’est le cas de le dire. Mais, franchement, Iggy en solo, entouré d’excellents musiciens en a donné des versions bien meilleures. Il y aussi des titres anciens comme « I wanna be your dog », d’autres (en gros tous les morceaux enregistrés entre « Raw power » et « Kill city ») que l’on retrouvera dans des enregistrements ultérieurs, et la reprise délirante de « Louie Louie ». Là, ça devient encore plus corsé, si tant est que ce soit possible. Iggy s’en prend une nouvelle fois aux bikers : « Ce que vous autres connards voulez entendre c’est « Louie Louie » alors vous allez l’entendre ». Aussitôt dit, aussitôt fait ! La version de « Louie Louie », le fameux hit des Kingsmen est littéralement pulvérisée, dynamitée. Elle dure une plombe avec des paroles improvisées du genre « Vous pouvez me sucer la queue / Bande de bikers pédés » ! Eh ouais, quand on cherche Iggy (ou ce qu’il en reste à ce moment-là) on le trouve 🤣. Après cette prestation apocalyptique, Iggy décide de laisser tomber pour passer à autre chose, les frangins Asheton retournent chez leur mère et Williamson devient ingénieur du son avant de faire carrière…dans la Silicon Valley où il devient un des pontes de l’électronique. En 1988 est sorti un double CD avec l’intégralité des deux concerts puis un coffret soi-disant remasterisé encore plus complet. Exécrable au niveau sonore, limité au niveau musical, c’est un live qui vaut d’abord par ce qui se joue sur scène dans lequel les punks n’auront qu’à piocher quelques années plus tard.

JOE-ROBERTS
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le 7 juil. 2025

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