Mirror Reaper
7.5
Mirror Reaper

Album de Bell Witch (2017)

Vous vous souvenez peut-être de Dopesmoker de Sleep, ce morceau de 63 minutes qui constituait un album à lui tout seul. Sauf que Sleep, c'est de la gnognotte. C'est toujours possible d'aller plus loin. Surtout que Sleep c'est un truc de fumeurs de joints, ça s'écoute défoncé le son à fond en soirée, pas assez triste, pas assez Doom... Donnez-nous un peu du plombant, du déprimant, du Funeral Doom à se rouler par terre la nuit en sanglots la boîte de prozac à portée de main. Et tant qu'à faire, étendez ça sur 82 minutes histoire de jouer dans une autre ligue que ces normies de stoners...


Après il faut bien concéder au duo de Bell Witch d'avoir quand même mis le paquet pour nous inciter à nous armer de notre patience et de notre santé mentale. Moi, t'y mets un artwork divin et un concept fort - une musique évolutive, exponentielle composée uniquement d'une batterie et d'une basse à 6 cordes - et je suis prêt à m'y risquer. Visiblement ça n'a pas intrigué que moi étant donné qu'au sein de la scène Doom ce Mirror Reaper a tout de même acquéris une certaine réputation auprès de nos plus joyeux doomeux. En cela rien d'étonnant, ça saute aux oreilles dès les premières notes : niveau déprime et lenteur ça se pose là. The bitter, the better. Mirror Reaper est un sacré morceau, monolithique et vampirique, qui exige de son public un immense effort de concentration et de lâcher prise pour se laisser bercer dans cette sérénade funèbre, au risque de s'y emmerder sèchement.


Parce qu'il faut se les manger les 82 minutes. Se dégager assez de temps, s'installer dans un environnement imperturbable pour s'immerger dans son univers par la rondeur du son qui nous enlace avec élégance. Et surtout accepter ses motifs entêtants car répétés ad eternam de par le minimalisme de la formation et la volonté de nous piéger dans une boucle de tristesse plutôt morbide sur sa dernière partie. Ça fait son effet quand notre état d'esprit initial à la lancée du disque entre en symbiose avec les fréquences qui nous submergent, mais il faut savoir accepter la condition qu'en 82 minutes on a le temps de faire plein de choses, et qu'au final c'est surtout long pour pas grand-chose.


En tant que tel, Mirror Reaper coche toutes les cases de l'album de Doom Metal ultime. C'est d'ailleurs presque devenu un classique en même pas 10 ans d'existence, ce qui veut bien dire ce que ça veut dire. Long et vampirique, beau et triste, pour qui aime la musique répétitive, minimaliste et ambiante ça a de quoi laisser sa trace. Je concède cependant que j'ai beau me ranger dans cette catégorie, ça tire quand même pas mal sur ma patience. Probablement par élitisme, cette philosophie musicale reste assez hermétique à la plupart d'entre nous. Il faut de bonnes armes pour l'affronter, ou l'embrasser, mais en l'état ça reste poussif dans l'ensemble. Je pense que toute la troisième partie, dans une tonalité différente, aurait gagnée à rester muette, pour laisser parler le son massif de la basse et de la batterie plutôt que ce chant clair pas terrible. Ça ruine pas mal l'ambiance solennelle de la chose à mes oreilles, ce qui est dommage car cette troisième partie est instrumentalement assez sublime.


Après dans l'absolu Mirror Reaper n'est pas foncièrement pénible à l'écoute. Le son est tout de même d'excellente facture, et ce côté funéraire fait son effet sur moi. Mais je persiste à croire que ça aurait gagné à pousser plus loin dans l'abstraction, en se passant de chant par exemple pour vraiment écraser l'auditeur sous un son massif et monolithique, qui aurait pu me transcender comme il se devait. Bell Witch préserve sûrement son art à une élite à l'alerte des exigences les plus extrêmes qu'un album de Funeral Doom est en mesure de demander, et qui demade du toujours plus lourd, toujours plus long, toujours plus lent, toujours plus plombant. La messe est dite.

Créée

le 12 mai 2025

Critique lue 34 fois

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