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Atlashunter
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le 5 mai 2013
Deerhunter, depuis ses débuts, a toujours été un groupe en mouvement. Refusant de se laisser enfermer dans une seule étiquette, le groupe a constamment joué avec les frontières entre shoegaze, rock psychédélique, pop expérimentale et noise rock. Monomania, dans ce parcours, marque un virage important — presque une cassure — qui fait sens à la lumière de leur trajectoire artistique.
Avec Turn It Up Faggot (2005), Deerhunter se présente comme un groupe abrasif, jeune, nerveux, encore en quête d’une identité sonore. C’est brut, instinctif, marqué par le post-punk et une énergie garage déjà bien affirmée.
Mais c’est avec Cryptograms (2007) que le son Deerhunter commence à vraiment s’épanouir. L’album est fragmenté, presque bipolaire : la première moitié est atmosphérique, ambient, flottante ; la seconde plus rythmée, plus tendue. C’est cette dualité entre rêve et tension qui deviendra une constante dans leur musique.
Microcastle (2008) et Halcyon Digest (2010) représentent sans doute l’âge d’or du groupe. Leur musique y gagne en clarté, en subtilité, sans pour autant perdre sa complexité émotionnelle. Microcastle propose une pop rêveuse, éthérée, mais toujours hantée — à la fois accessible et étrange. Les textures sont plus douces, les mélodies plus évidentes, presque célestes par moments.
Halcyon Digest, quant à lui, est un sommet de mélancolie élégante. Il y a quelque chose de profondément nostalgique dans cet album, un rapport au passé, à la mémoire, qui transparaît dans chaque recoin sonore. Les compositions sont plus limpides, mais toujours travaillées dans le détail — avec des arrangements riches, une voix fantomatique, des guitares en apesanteur.
C’est dans ce contexte que Monomania fait figure de rupture. Là où Halcyon Digest caressait, Monomania griffe. Le groupe renonce aux textures douces pour revenir à une urgence plus brute, un son plus rêche, plus sale, comme une forme de désillusion ou de rejet des attentes. C’est une régression volontaire vers quelque chose de plus instinctif, plus rugueux, plus vivant aussi.
Bradford Cox lui-même parlait à l’époque de son envie de "faire un disque pour les outsiders", un disque qui ne cherche pas à plaire. On sent dans Monomania une rage rentrée, une fatigue peut-être aussi, face au perfectionnisme qui avait marqué leurs œuvres précédentes. Ce n’est pas une évolution linéaire, mais une plongée volontaire dans l’ombre — comme si, après avoir exploré les hauteurs, Deerhunter décidait d’explorer les bas-fonds.
Avec Fading Frontier (2015) et Why Hasn’t Everything Already Disappeared? (2019), le groupe revient à un son plus raffiné, plus pop, presque lumineux. Les compositions sont plus légères, moins torturées, comme si la tempête de Monomania avait été exorcisée. Il y a une forme d’apaisement — pas forcément de joie, mais un regard plus serein sur le monde.
L’évolution de Deerhunter n’est pas un simple passage du chaos à la clarté, ou l’inverse. C’est une spirale, un mouvement circulaire où les obsessions reviennent, mais sous des formes différentes. Chaque album explore une facette du malaise, du rêve ou du souvenir, mais avec des outils sonores toujours renouvelés. C’est cette capacité à se réinventer sans se trahir qui fait de Deerhunter un groupe aussi fascinant. Et c’est ce qui rend Monomania aussi important : un moment de fracture nécessaire, brutal, mais sincère.
Créée
le 16 avr. 2025
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