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En ce moment, le grand gaillard gigantesque que je suis se sent extrêmement fragile. Oh, pas physiquement, loin de là, vous pourriez me frapper sans même que je ne le ressente. Non, il s'agit d'une crainte confuse, diffuse, lancinante mais invisible. Ces temps-ci, je dois même être le seul à faire une projection à moyen terme concernant ce qui me trouble. J'ai toujours eu la force ( ou la faiblesse, c'est selon) d'anticipation. Ça m'aide à me préparer à un coup éventuel et, lorsque je regarde autour, ce n'est pas donné à tous d'anticiper. Certains sont même dépourvus de cette faculté à un point tel qu'ils se ramassent dans la merde. L'avantage, en contre partie, demeure qu'ils ne souffrent pas avant de souffrir... Moi si...
La chanson relate l'histoire de James Blunt qui parle à son père sachant que, à cause de sa maladie, il partira dans un avenir rapproché. Son discours est à l'inverse du rôle parental. C'est le fils qui protège le père de sa peur, qui lui tient la main pour le sécuriser. Autrement dit, il devient la sécurité que son père était autrefois et qui combattait les monstres sous son lit. Aussi crève cœur la chanson puisse t'elle être, autant ce message s'avère touchant, beau et profond. Il faut énormément de force et de courage afin d'affronter cette épreuve ensemble, qui plus est, en sachant pertinemment qu'il s'agit probablement de la dernière fois. Ce que le chanteur fait ici correspond exactement à ce que veut dire le titre de la critique. Le problème?
Honnêtement, je n'ai pas l'envie d'écrire la suite de cette critique. Un peu par superstition, un peu pour éviter de l'attirer, beaucoup parce que l'émotion ressentie présentement me fait énormément chier exposant 22. Je vois clair. J'anticipe pratiquement tout ce qui adviendra subséquemment. Cette capacité me protège habituellement des dangers a venir. Ce problème ci ne peut malheureusement pas être évité. Il adviendra peu importe ce qu'on fera. Et ça concerne le mien...
Il va bien. Aussi bien qu'on puisse aller à son âge. Mais l'âge a commencé à nous rattraper . Je vois bien une différence chez moi. Moins de vitesse mais autant de force. Alors, logiquement, mon père éprouve certaines difficultés qui n'étaient pas présentes avant cette année. Certaines célébrités sont parties en 2026 et la plupart du temps, celles ci avaient son âge. Or, parfois, je fais le rapprochement, le parallèle et d'un coup, je réalise que lui aussi va partir. Je m'excuse mais dans la tête d'un enfant, quel que soit son âge ( 50) , le parent doit rester éternellement. Dans mon optique, les choses se passeraient ainsi: " non, non, on partira en même temps, voilà"... Ça ne fonctionne pas comme ça malheureusement. Et l'enfant en dedans a peur. Il s'en va se cacher dans un coin pour qu'on ne voit pas ses larmes. Mais il a terriblement peur...
Alors, c'est un jeu de balance qui s'établit peu à peu. Le refus ( non , tu resteras longtemps) et la résilience ( c'est le cycle de la vie). L'insouciance ( bah, ce n'est pas près d'arriver) et la lucidité ( hérédité+rythme de vie/ logique x chance=82). L'espoir ( si je prie, ça va marcher) et l'anxiété anticipatoire ( je vois, je calcule, je sais, je sens, je m'y prépare). Ainsi, comme une boucle, j'en arrive à la raison. Bien que des signes graves ne soient toujours pas présents et/ou apparents, pour protéger mon cœur, je me prépare à sa sortie de scène. Et ça fait affreusement mal...
Il n'est pas possible, sinon à l'image de l'émotion vocale du chanteur, de quantifier l'amour éprouvé pour un proche. On le sait, on le ressent et c'est exactement là, précisément, que le mot inconditionnel prend son sens. Rien ne s'approche même, en temps normal, de ce genre d'amour sinon notre âme sœur. Or, cet amour est proportionnel à la déchirure ( oui, c'est le bon mot choisi...) qui adviendra au départ de l'autre. Oh, je n'y pense pas toujours. Cependant, cette inquiétude demeure planante, en suspens, et surtout logique malheureusement. Logique car ce départ peut arriver n'importe quand à cet âge ( rétrospective des disparus 2026 en moyenne 76...). Et, bien que ma tête chevauche les moments passés ensemble et le doute sur la durée restante, celle-ci ( ma tête) est tout de même préparée à cette éventualité. Mon cœur lui, n'en a vraiment rien à foutre. Il chie
littéralement dans ses shorts...
Comme je sais qu'il me lit, et c'est bien une des plus grandes victoires obtenue de la vie, je tiens à passer ce message:
" Si je dois arrêter le temps pour que notre au revoir, ce jour-là, soit l'un de nos plus beaux moments, je le ferai. Si je dois rester fort quand tu seras vulnérable, je tiendrai le tunnel à bout de bras et de toute mes forces pour qu'il ne se referme pas trop vite. Si je te sens partir, je déposerai ma main sur ta tête comme tu le faisais avec moi gamin. Et si je dois te dire adieu à ce moment là, des larmes coulant sur mes joues, je te ferai la promesse, tu peux en être certain.
La promesse que je te retrouverai, là-haut, près de ta douce moitié. Pour te serrer dans mes bras. Et te dire que même en ton absence, je n'aurai jamais cessé de t'aimer.
Je t'aime papa...
Créée
le 4 sept. 2026
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