Avec cet album, Selah Sue s'éloigne de la pop soul - un peu facile ? - qui a fait sa notoriété, mais qui l'a aussi laissée sur le bord de la route des sunlights. Ici, elle propose une soul plus feutrée, plus jazz, avec l'aide des frangins Galland, clairement installés dans ce territoire. Ca sonne juste, et même analogiquement plaisant, si j'ose dire. L'album s'écoute d'un bloc, sans heurts, sans baisse de régime.
Cette dernière phrase annonce le "mais". Mais à force de rester dans la nuance, Movin' finit par manquer un poil de contrastes. Hola, tout est bien construit, hein ! Mais la ligne est claire, trop claire, sans rupture visible. On peut choisir des morceaux favoris (j'aime bien Rise as One), mais jamais la voix ne se déchire, jamais le groove ne s'emballe, jamais la machine finement huilée ne déraille. Et je le comprends un peu, c'est du jazz/soul à la cool.
Les textes, quant à eux, évoquent une douleur apprivoisée, et la nécessité d'avancer. On va vers l'intime, cohérent avec l'évolution musicale. Il faut reconnaître à Selah Sue la volonté de se dépouiller un peu et de se débarrasser de ce qui est spectaculaire.
Movin' est un album qui sied à mes oreilles, indubitablement, et c'est également un travail d'orfèvre en matière de prod. Mais n'est-il point un peu lisse quand même ?