Voici donc Movin’, le nouvel album de Selah Sue, et ce qui frappe d’abord, c’est la manière dont la chanteuse belge a su transformer une fragilité intime en moteur créatif discret mais sûr. Après des années à livrer ses démons dans une musique plus démonstrative, mêlant soul et ragga, elle choisit ici un chemin de traverse : une rencontre fortuite avec le duo jazz belge The Gallands. Loin de l’exercice solitaire et pesant, cet album naît d’un dialogue, d’une thérapie par le mouvement, où la voix de Selah Sue, moins dans la prouesse, gagne en profondeur et en murmure. On pense au feeling pop et tournoyant d’Esbjörn Svensson Trio, à ce swing à la fois soyeux et percutant qui enjambe les barrières de genre sans jamais forcer.


L’originalité du récit tient moins à une rupture qu’à un affinement. L’intensité reste intacte, mais elle n’est plus dans l’affrontement ; elle devient une forme de sérénité lumineuse, une acceptation. Les thèmes de la santé mentale, déjà présents dans ses travaux antérieurs, ne sont plus clamés mais habités, comme une évidence apaisée. Selah Sue rayonne ici d’une gravité douce, d’une voix grave qui s’envole par instants, puis redescend, libérée d’un poids. L’auditeur n’est pas pris à la gorge ; il est invité à un balancement, une respiration.


Ce qui donne envie d’écouter Movin’, c’est précisément cette promesse d’une intensité sans heurts, d’un swing qui soigne sans jamais alourdir. La tonalité générale échappe au misérabilisme comme à l’euphorie forcée : elle est faite de cette lumière particulière qui succède à une tempête intime. L’album convainc parce qu’il ne cherche pas à en imposer, mais à installer un climat, une confiance. On suit Selah Sue quand elle chante « You’ll find a way to make it easy, to make it right », et on la croit, parce que la musique, justement, se fait facile et juste. Un disque qui ouvre des horizons joyeux, sans jamais perdre sa profondeur.

Créée

le 11 avr. 2026

Critique lue 19 fois

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