Voilà l’album cliché par excellence de Mariah Carey, après les succès des deux premiers albums, Music Box représente l'album crossover, celui des hits, des records de ventes, on en a forcément un album du genre par artiste. Il faut déjà le rappeler : Mariah écrit et compose ses chansons, et possède une vraie vision artistique ce qui la distingue clairement dans le fameux trio des divas (Houston, Dion, Carey). Pourtant, pour Music Box, le contexte est particulier : Tommy Mottola, son mari de l’époque et le patron tout-puissant de Sony Music, oriente l’ensemble du projet vers une direction très précise, presque verrouillée : la ballade pop romantique, celle qui rassure, qui rapporte, qui plaît au public le plus large possible.
Pour cela, on réunit une équipe sur mesure : Walter Afanasieff, architecte des ballades parfaites, Babyface sur un titre, et la présence renouvelée de David Cole, que Mariah apprécie beaucoup depuis Emotions.
Mais derrière cette vitrine impeccable, il y a une réalité : Mariah porte en elle des racines R&B, soul et gospel racines qui transparaissent dans Emotions son second album de 1991 (notamment Make It Happen et If It’s Over) et dont Mottola veut absolument l’éloigner.
Le symbole le plus frappant est Everything Fades Away, superbe ballade aux accents gospel reléguée… en bonus track. Les collaborations hip-hop qu’elle souhaite ? Refusées. L’écriture de Hero ? Orientée pour devenir un tube universel, consensuel, exact reflet de l’image qu’on veut lui imposer. Ironique quand on sait que cette chanson deviendra son classique absolu, alors qu’elle-même ne la portait pas particulièrement dans son cœur au début.
Vocalement, l’album est impressionnant : on sent qu’on la pousse dans ses retranchements, comme si on voulait prouver quelque chose au public, le chant est direct et dans la démonstration, on a pas encore tout le travail vocal subtil de la suite de sa carrière. Les textes sont très romantiques, très sages, presque l’image idéale de la bonne épouse. Et la formule commence à tourner en boucle : Never Forget You, Without You une reprise poussive vocalement, All I’ve Ever Wanted… des ballades écrites pour conquérir les charts plutôt que pour explorer sa véritable identité musicale. Trois titres plus pop dynamisent l’ensemble, mais ne changent pas la direction très contrôlée du projet malgré l'écriture et la composition de Miss Mariah.
Il faut reconnaître que cette stratégie, Tommy la répliquera presque à l’identique pour Céline Dion : The Colour of My Love, Falling Into You, Let’s Talk About Love. Même producteurs, même recette, même idée d’une diva pop internationale, « propre », rassurante.
Ce qui sauve Mariah à cette époque, et qui la distingue, c’est son écriture : ses mélodies, ses harmonies, sa signature vocale. Même prisonnière d’un cadre strict, son talent déborde.
Music Box reste un album iconique, doux, nostalgique, extrêmement efficace. Une Mariah lisse, gentille, simple, vocale, presque "criarde" sur certains titres une version domestiquée de l’artiste, calibrée pour vendre des millions. On peut aimer cet album, bien sûr, mais il ne reflète pas la musique qu’elle aime vraiment.
Deux chansons laissent entrevoir la vraie Mariah :
Dreamlover, pop et légère, plus personnelle et joyeuse.
Anytime You Need a Friend, avec des chœurs gospel magnifiques, beaucoup plus proche de ses influences R&B-soul, gospel.
En dehors de ces exceptions, Music Box est probablement son album le plus proche du style de Céline Dion, qui explose mondialement à la même période même si Mariah conserve encore l’avantage en termes de succès et d’impact grâce à son succès dés 1990.
À partir de 1996/97, tout change : Mariah prend un virage R&B/hip-hop affirmé, et Tommy Mottola transfère alors toute sa stratégie "diva pop mondiale" vers Céline Dion.
Music Box, finalement, est un album joli, tendre, puissant, mais qui n’exprime pas encore le véritable univers artistique de Mariah Carey.