Au départ, on vous envoie à la garderie et à l'école. On vous met de beaux petits collants dans votre cahier si vous avez bien coloré sans dépasser les rebords. Ensuite, on vous note en chiffres, puis en lettres. Et quelque part autour de 16 ans, comme un oiseau qui pousse son petit pour qu'il vole, on vous dit de trouver quoi faire de votre vie. Ainsi va le parcours de la plupart. Et la plupart ne sait foutrement rien . Trop tôt, des choix qui ne correspondent pas à notre personnalité, le fait de n'avoir absolument rien a chier du futur car à 16 ans, on veut de la bière et des filles. Il est encore temps de choisir...Ça bifurque, ça essaie, ça démissionne, ça recommence. Puis, un beau matin, on se réveille et on trie des boîtes dans une manufacture de papier cul et on regarde en arrière en se mordant les doigts de ne pas avoir choisi une avenue.


Puis, arrive la pression des proches, de la société, de ta grand-mère... On voulait que tu sois çi, pourquoi ne pas avoir fait ça, tu manques d'ambition, idéaliste, raté. Je dramatise mais pour certains, voilà le topo. En ce qui me concerne, j'ai toujours cru qu'il me fallait écrire. Ma voie était toute tracée d'avance car j'avais en moi cette impression, cette étincelle, et même cette petite voix qui me poussait dans cette direction. Quelques 25 années plus tard, je ne regrette toujours pas cette décision. Écrire fait parti de moi, une seconde nature. Cependant, il faut me rendre à l'évidence et, c'est à ce moment précis qu'il est question du titre. Numb. Engourdi, vide, insensible à tout ce qui m'entoure ( faux, très sensible à ce que moi, je pense de moi, les autres? Plus tellement...). Or, il est beau le rêve d'adolescent. Mais, malheureusement, il n'aide pas à payer les factures. Et souvent, l'entourage qui regarde la scène de haut se dit: " ...mais quel raté il fait!!!". La conjointe qui cherchait un ambitieux a foutu le camps, l'espoir d'être reconnu, envolé, le public pour lequel, idéalement, j'écris se veut absent. Tu as choisi le mauvais chemin tête de con. Tu en paies le prix maintenant.


Curieusement, et c'est important de le noter puisque c'est l'essence même du message du titre en question, je ne ressens rien. Pas d'animosité, pas de joie. Rien. Cette même petite voix d'avant me dit d'écrire alors je le fais. Il y a tout de même un danger. Soit je suis complètement schizophrène et j'entends des voix, soit il s'agit de l'instinct. D'un côté, je suis un dégénéré du bulbe et je fais tout ça pour rien, soit je suis sain d'esprit et...je fais quand même ça pour rien puisqu'il n'en ressort que du vent. Les conventions ( ce que tu DOIS accomplir) ne m'affecte pas et ne l'on jamais fait. Longtemps, j'ai du conjuguer avec le jugement ( surtout le manque d'ambition car réussite veut dire argent) des autres. Et pourtant, jamais je n'ai écouté. Au secondaire, j'écrivais, au collège aussi, a l'université également, au travail, encore plus. Livres, chansons, poèmes, chroniques d'opinion, critiques... Jamais je n'ai été aussi assidu dans quelque chose. Et soudain...


Aujourdhui, je ressens le poids des années. Ce qu'on attendait de moi et ce que j'en ai fait. Je dois me rendre à l'évidence cependant. Mis à part, une petite reconnaissance familiale posthume, jamais ce rêve de gamin n'aura de chance de se réaliser car visiblement j'ai vécu pour écrire sans être capable d'écrire pour vivre. Manque de talent possible, manque de professionnalisme sûrement, manque de chance probablement. Et malgré une tête de pioche qui s'obstine à ramer contre le courant, le bateau n'a pas bougé. Je suis resté coincé en eau profonde en lançant un message dans une bouteille à la mer. Malheureusement, cette bouteille s'est échoué quelque part ou on ne comprend pas ce langage. Et je constate avec tristesse que ce message si important à livrer, à mes yeux, ne l'est pas du tout pour les autres. J'ai donc semé des mots sur mon passage. Je n'en ai cultivé qu'un mirage...


Puisse, ce que j'ai écrit ma vie durant, servir un jour.


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il y a 6 jours

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