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le 23 mars 2019
SuivreCritique de Odyssey par zaad
J'ai découvert ce groupe et cet album avec la musique resonance.
La synthwave ... Paradoxe parmi les paradoxes. De la difficulté de concilier créativité et pillage en règle des codes et sonorités d'une époque révolue. Époque dans la plupart des cas idéalisée jusqu'à l'os, y compris dans ses dimensions les plus humainement indéfendables. Entre tubes jetables et caricatures grotesques faites références de notre quotidien atrocement nostalgique : le raz-de-marée à néons / crépuscules numériques demeure sans conteste le sous-genre le plus polémique de la musique électronique (si ce n'est de la musique dans sa globalité). L'archétype des sons que tout puriste qui se respecte est prié de fuir comme la peste.
Mais la beauté du monde est faite de variations et d'exceptions. Cela vaut dans tous les domaines. L'histoire, la théologie, les arts ... Ainsi, même dans un milieu aussi calibré que pauvre, car désespérément figé dans un espace-temps éteint, peut naître un joyau apte à se distinguer par son entêtement à vouloir aller de l'avant, concevoir sans être esclave d'un passé présenté comme un agrégat de clichés déviants, agir en légataire des anciens qui ont marqué à juste titre le dit passé. HOME, de son véritable nom Randy Goffe, y est parvenu. Et si l'on ne devait retenir qu'une seule qualité et pas des moindres à 𝘖𝘥𝘺𝘴𝘴𝘦𝘺, son premier album sorti en 2014, c'est que jamais il ne manifeste un quelconque attachement à la synthèse fm / numérique envahissante ni à l'imagerie 80's grasse et érigée en summum de la civilisation occidentale (j'aurais tendance à penser l'exact inverse.). L'artificiel pour l'artificiel n'est pas le crédo de l'ami Randy, ouvertement attaché au son 70's. Lorsqu'il s'attèle à la composition, c'est toujours entouré de son arsenal de Moog complété par un bon vieux Korg MS20. Quant à la pochette à cheval entre les débuts de l'ère spatiale et l'avènement du net tout en annonçant la machine pensante, elle relève de l'intemporel. Avis aux zombies dickiens : nous ne serons pas conviés au Tech Noir ni dans le Miami de Tony Montana, encore moins dans les spots de pubs sur grand écran de Ridley Scott ou pire dans les méandres les plus infects de la téloche tricolore d'il y'a quarante ans. Ouf !
Ce qui frappe d'emblée, outre l'artwork épuré, c'est la production. Située à des années lumière de la boue synthétique dans laquelle se vautre avec une complaisance dérangeante les PERTURBATOR, CARPENTER BRUT (quelle horreur celui-là !) et compagnie, tous aussi inécoutables les uns que les autres. Charnelle, dense, sublimée dans ses moindres détails tout en ne sacrifiant pas l'émotion sur l'autel de la perfection. On se croirait chez Alan Parson en 1973, chez Conny Plank assistant Klaus Dinger et Michael Rother en 1975, aux studios Hansa en 1977. Plus près de nous chez nos regrettés androïdes de DAFT PUNK collaborant avec Giorgio Moroder. C'est un fait. Randy est un grand fan du duo robotique parisien dont il partage le goût des productions ouvragées et hors du temps. Et puis, tout bien réfléchi, DAFT PUNK n'est-il pas à l'origine de la synthwave ? Quand on regarde de plus près, Thomas et Guy-Manuel se doutaient-ils que leur escapade galactique avec Leiji Matsumoto à travers leur légendaire 𝘋𝘪𝘴𝘤𝘰𝘷𝘦𝘳𝘺 serait à l'origine, une décennie plus tard, d'un mouvement revival électronique considérable ? Ajoutons à cela le carton légitime de 𝘙𝘢𝘯𝘥𝘰𝘮 𝘈𝘤𝘤𝘦𝘴𝘴 𝘔𝘦𝘮𝘰𝘳𝘪𝘦𝘴, l'influence de leurs travaux sur un certain The Weeknd aujourd'hui chantre d'une electro pop plus 80's tu meurs. En passant par le présent 𝘖𝘥𝘺𝘴𝘴𝘦𝘺. La boucle est ainsi bouclée. D'aucuns diront que le phénomène "Drive" n'est pas non plus innocent, mais là encore, derrière Kavinsky*, il y'a un robot casqué.
𝘖𝘥𝘺𝘴𝘴𝘦𝘺 porte bien son nom. C'est à un voyage que nous invite HOME. Une excursion dans notre propre psyché. Cet album ayant pour principale vertu de ne garder que ce que votre esprit recèle de plus apaisant, positif ou relatif au bon sens. La musique chasse toute nostalgie paralysante ou excès de noirceur / déprime. La machine s'efforce de rester le plus proche possible de l'humain sans jamais chercher à l'anéantir. L'album quasi conceptuel est construit selon une journée banale d'un monsieur tout le monde. Ainsi, "Intro" a tout d'un réveil en douceur annonciateur d'une nouvelle aventure quotidienne dont "Native", entraînante et addictive, n'est que la matérialisation. Le vaporeux "Oort Cloud" se chargeant de vous emmener le plus loin possible de ce quotidien à la longue aliénant, parfaitement incarné par le rythmé autant que pensif "Decay", qui renverrait presque au "I Have The Touch" de Peter Gabriel (autre illustre réflexion sur le rush et ses conséquences). En ce sens, le magnifique "Tides", contemplatif à souhait, compromis brillant entre le meilleur du FLOYD et de l'IDM tendance onirique, a tout de la destination de rêve. La sensation de liberté est à son comble tout en ne cédant pas une seconde à un quelconque égarement dans le patho excessif ou la bulle 80's irraisonnée. Un des sommets du disque à n'en point douter. En guise de retour à la réalité, le fataliste "Nights I Wish I Could Be There", dont la sophistication ne nuit jamais au tragique qu'il sublime, assume sa tâche jusqu'au bout. Le morceau titre, opérant un virage progressif captivant, pourrait se voir accompagné d'un clip évolutif à la "Right Here Right Now" de Fatboy Slim (en moins décalé toutefois), dont on aurait confié l'animation à Hipgnosis. "Come Back Down" et dans une moindre mesure le bonbon "New Machines" concrétise la filiation DAFT PUNK disco robotique développée en amont. "Half Moon", évasive au possible, célèbre le soir avec une justesse absolue. Le poteau électrique et la maison où rêvasse une petite gamine passionnée de lofi ne sont pas loin. Enfin, "On The Way Out" se charge de conclure cette exploration des rêves par une mélodie catchy et déterminée, entre HUMAN LEAGUE période 𝘋𝘢𝘳𝘦 et le KRAFTWERK de 𝘊𝘰𝘮𝘱𝘶𝘵𝘦𝘳𝘸𝘦𝘭𝘵 (sacrées références, vous en conviendrez). Une outro parfaite à l'image d'une oeuvre finement élaborée.
Mais si 𝘖𝘥𝘺𝘴𝘴𝘦𝘺 s'impose avec aisance et légitimité comme un classique, c'est parce qu'il contient LE morceau qui définit à lui seul l'essence même de la synthwave. L'extraordinaire "Resonance". Celui-là c'est bien simple, vous n'avez pas pu lui échapper, tant son carton auprès des amateurs d'AMV, de shorts youtube rétro et d'ambiances bien troussées relève de la plus pure évidence. Tout n'est qu'équilibre et triomphe éthéré des synthés Moog. La progression suivant un courant apaisant au possible avec juste ce qu'il faut de variations. Chaleureux et subtilement cold à la fois, ce qui le rend adapté à toute saison. Beau et hissant la nature significative, douce et raisonnable, de l'oeuvre à son paroxysme : voilà le hit ultime de tout un genre.
Analogique et travaillé. Évocateur et varié. Rétro sans le besoin compulsif de vampiriser le passé ... 𝘖𝘥𝘺𝘴𝘴𝘦𝘺. Le chef-d'oeuvre de la synthwave.
*Une pensée pour ce dernier qui nous a brusquement quittés il y a peu.
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