Deftones.
Pour moi ce sera toujours ce son : "tou-ka" qui débute My Own Summer et plus globalement l'album Around The Fur. Je peux encore convoquer ce son à volonté dans ma mémoire tant cet album fut une étincelle qui allait enflammer toute ma décennie suivante. Suivirent le séminal White Pony, le plus controversé Deftones puis le lumineux Saturday Night Wrist.
Une décennie fidèle de couleurs auditives, de variances, de grondements telluriques aux souffles aériens. Puis vint Diamond Eyes que, pour une fois, je ne comprenais plus. Il ne m'évoquait plus de couleurs. Juste des tons de gris. Peut-être était-ce Deftones qui avait changé, ou moi qui m'était lassé. Quoi qu'il en soit, on s'est quitté, en assez bon terme, se promettant de se donner des nouvelles, sans trop y croire.
Deftones, je le revois parfois, rapidement, de loin. Il a plutôt gardé la forme pour son âge. C'est sûr, je prends plaisir à revoir ce vieux compagnon de route. Il a gardé ce ton si caractéristique, espiègle, effronté, qui avait su me séduire dans mes primes années. Mais on dirait aussi qu'il n'a rien vécu depuis 15 ans, toujours les même histoires, les mêmes gimmick rabâchés à l'envie. C'est parfois plutôt agréable (Koi no Yokan, Ohms), des fois un peu pénible (Diamond Eyes, Gore).
Mais ce qui reste décevant, ce sont les couleurs, ou plutôt leur absence. À l'époque Deftones brillait de milles feux, montant et descendant la gamme des émotions pour nous guider dans un vrai tourbillon de sensations. Deftones depuis s'est terni, affichant une gamme de gris clairs ou sombres, avec quelques éclaircies, quelques fulgurances, qui s'obscurcissent bien vite pour retomber dans une platitude grisâtre.
On a vieilli, Deftones, comme vieillissent deux bonnes connaissances englués dans leurs souvenirs. Reste une douceur nostalgique qui nous fait passer de bons moments mais, soyons honnêtes, on n'a plus grand chose à se dire, toi et moi...
On se donne quand même rendez-vous pour la prochaine fois ?