OK Computer, album publié en 1997, à la suite du mauvais Pablo Honey et du très bon The Bends, constitue pour beaucoup d'auditeurs la première apogée de Radiohead. Évidemment, je ne suis pas étranger à cette remarque.
La popularité de cet album n'est pas usurpée : musicalement, nous ne pouvons que souligner la qualité et la densité de l'assemblage, notamment sur Let Down où l'auditeur voyage à chaque nouvelle écoute. Mais, cette reconnaissance vis-à-vis de OK Computer transcende le simple plaisir auditif que l'album peut procurer. Écouter OK Computer d'une seule traite, dans le métro ou sur le chemin du boulot en saison hivernale, c'est se mettre directement face à ce qui nous travaille, ce qui nous détruit. L'utilisation du Glockenspiel rend particulièrement bien le sentiment profond de désespoir et d'impuissance que nous pouvons ressentir dans notre quotidien usant. Qui, de toute façon, n'a encore jamais pleuré sur No Surprises, lorsque nous croyions que notre cas était définitivement foutu ? Cependant, une lueur d'espoir fleurit au travers de musiques toujours plus tristes les unes que les autres : OK Computer n'est pas un album de la résignation, du déterminisme, mais de la combativité et de la réaction. Tel que dans le mythe d'Écho et Narcisse des Métamorphoses d'Ovide, où l'hybris de Narcisse se retrouve métamorphosé en petites fleurs jaunes (cf Nicolas Poussin), cet album de Radiohead transforme notre désespoir en arme métaphysique afin de se battre contre nous-mêmes, contre nos peurs et nos prétendues déterminations.
Je dédie en particulier cet album à mon année d'hypokhâgne, car il m'a accompagné dans les moments les plus éprouvants qu'elle m'ait fait traverser.