Mon deuxième album des Cocteau Twins, après Heaven or Las Vegas, et quel contrepied ! Si Heaven or Las Vegas donne l'impression d'un rêve terrestre, d'une vue panoramique sur une mégalopole moderne, Victorialand est une expérience presque mythologique et religieuse. Durant l'intégralité de l'écoute, j'avais l'impression de suivre les étapes successives d'une messe... ou bien de suivre le périple d'Énée dans les Enfers. En effet, l'album donne une vraie impression de voyage, aussi bien au sens métaphysique qu'au sens physique du terme. On entre dans un monde inconnu, on le contemple, on y descend, on le traverse, on y fait une rencontre surnaturelle, puis on en sort... changé. On a mis les pieds dans un territoire ancien, épique, ou bien on a simplement accédé à un souvenir archaïque, et il faut désormais revenir à la réalité. Je note également un point très intéressant que j'ai remarqué durant mon écoute : les repères temporels sont complètement suspendus. Qu'est-ce que je veux dire par-là ? Et bien, le morceau Throughout the Dark Months of April And May m'a complètement plongé dans une ambiance médiévale... et baroque. C'est assez particulier à décrire, mais j'ai eu l'impression d'entendre un mélange entre l'Orchésographie de Thoinot Arbeau et les Folies d'Espagne de Marin Marais. De plus, Fraser ne chante pas comme sur Heaven or Las Vegas, où les paroles sont faites pour être intelligibles. Ici, les syllabes deviennent presque du chant sans langage, ce qui rappelle facilement le chant liturgique ou l'Opéra.
Pour conclure, je recommanderais vivement d'écouter cet album dans le noir complet, yeux fermés, avec une concentration maximale sur la musique afin de stimuler au maximum votre imagination et vous permettre de voyager, qu'importe le sens dans lequel vous l'entendez.