Un album en provenance d’Allemagne de l’Est, l’esthétique de la pochette est un peu ringarde si on la compare aux autres albums de mal Waldron de la même époque. Ce qui marque également c’est le partenariat avec le trompettiste Manfred Schoof, non pas que celui-ci ne le mérite pas, c’est un instrumentiste époustouflant, sans doute injustement sous-évalué dans nos contrées, c’est plutôt que, dans cette même période, les albums étaient co-signés Mal Waldron / Steve Lacy. Ce dernier est relégué au rang de simple sideman, ce qui, bien entendu, n’a strictement aucune importance. Il est délicat de propulser Manfred Schoof en tête d’affiche, ce qui aidera à lui donner le statut qu’il mérite dans son propre pays.
Trois titres é-pous-tou-flants ! Et ça poustoufle de chez Poustoufle ! Dès « One-Upmanship » au bout de dix secondes, on tutoie déjà le divin, le solo de Steve Laçy, tout en retenue et subtiles acrobaties chucotées donne le signe d’un grand album ! C’est Manfred qui met le feu, prenant le contrepied de Steve Lacy, tout s’emballe, après la subtilité, une démonstration technique stouflante qui interroge : « Où tout cela va-t-il nous mener ? Ne commence-t-on pas l’histoire par la fin ? »
Pour ne pas faire trop long je ne parle que des soufflants mais, outre Waldron au piano il y a Jimmy Woode à la basse et le sud-africain Makaya Ntshoko à la batterie. Le second morceau sur la première face est le merveilleux « The Seagulls Of Kristiansound » qui s’envole, s’envole, avec un Steve Lacy qui remet ça, histoire de vous arracher le cœur avec lenteur, nous voilà bien en mauvais état, d’autant que Mal lui marche dans les pas pendant son solo et achève le traitement, nous transformant à l’état d’épave, tellement c’est beau !
Après une première face exceptionnelle il serait inhumain d’espérer rester dans ces cimes-là, pendant la durée complète d’un album. Avec cette seconde face, toute occupée par le titre « Hurray For Herbie » nous retombons à un niveau simplement excellent. Manfred Schoof déploit tout son talent, et il est grand, l’occasion de souligner la qualité de la section rythmique tout à fait exemplaire et de retrouver nos solistes Waldron et Lacy nous rappeler à leur simple humanité.
Un album qui vous coûtera trois francs cinquante dans cette version allemande, mais il existe également sous le nom de « One-Upmanship » avec, en leader « Mal Waldron Quintet With Steve Lacy » et une autre pochette, bien sûr.
Tout simplement un indispensable.