Qu'il est étrange, cet album.
D'abord, parce qu'il semble ne se raccorder que de très loin à l'univers Oxygène développé par Jarre dans les premiers opus parus sous le même titre. Si le son et la production sont excellents, comme toujours chez JMJ, la tonalité générale du disque est plus froide, plus pointue, loin des atmosphères larges et éthérées ayant fait la réussite absolue du premier, et relative du deuxième. Certes, quand on parle d'écologie, l'esprit est moins que jamais à la fête - d'où la reprise en 3D de la pochette originale, histoire d'appuyer le lien et de creuser la réflexion -, mais que la musique s'en ressente à ce point et creuse un tel fossé m'a un peu perturbé.
Pour le dire autrement, si cet album n'avait pas porté le titre Oxygène, ça n'aurait pas été plus mal. En tout cas, cela m'aurait évité de ressentir le décalage initial qui m'a empêché d'aborder ce nouveau disque avec la fraîcheur requise.
Ensuite, si cet Oxygène 3 présente nombre de belles idées, il donne l'impression troublante de n'être qu'un brouillon. Jarre a souhaité le composer dans le même laps de temps que le premier - huit semaines, si je me souviens bien. Une contrainte probablement excitante pour lui, mais qui, pour moi, donne le sentiment que plusieurs titres auraient pu être davantage étoffés, poussés plus loin.
Il y a d'ailleurs une différence flagrante entre "Oxygène 17", conçu comme le single emblématique de l'album, appuyé sur une mélodie typiquement jarrienne et doté de belles épaisseurs sonores, et la plupart des autres morceaux, notamment les parties 15, 18 (carrément faiblarde) et 20 ; ainsi que l'essentiel de la 14, qui ne prend d'importance qu'à la fin, après des développements initiaux trop longs et un peu décousus.
Composé pendant le marathon du projet Electronica, Oxygène 3 est un opus qui ne manque pas d'intérêt, mais dont chaque écoute me frustre un peu, parce que j'y entends en filigrane l'album passionnant qu'il aurait pu être.
Néanmoins, il annonce le renouveau d'un Jean-Michel Jarre qui revient en force, porté par une nouvelle vague d'inspiration au sommet de laquelle va bientôt surfer l'étonnant et excellent Équinoxe Infinity. En tant que tel, ce disque était une sorte de bonne nouvelle. C'est déjà ça.