Voici le deuxième opus du groupe angevin Véhémence, Par le sang versé (2019), qui succède à Assiégé sorti en 2014. J'avais écouté ce dernier à sa sortie ; j'en avais eu un sentiment assez mitigé : disons qu'il me paraissait imparfait. Celui-ci m'est au contraire une agréable surprise !
Véhémence œuvre dans un Black Metal « à la Windir », qui fera beaucoup penser aux autres rejetons que le fameux groupe norvégien a eu en France, à savoir Aldaaron (Auvergne) et Vindland (Bretagne). Mais on trouvera aussi de fortes influences Folk Metal, de type Bran Barr (Île-de-France) notamment, voire aussi Funeral Doom à certains moments — ou même des parties de synthé « à la Summoning » par instants.
Ces multiples influences permettent l'élaboration d'un Black Metal mélodique et épique, où les envolées mélodiques grandioses aux guitares sous fond de blast beat succèdent aux interludes folkloriques mêlant guitares acoustiques, flûtes et psaltérion, se voulant restituer un certain imaginaire médiéval. L'ajout au line-up du breton Hyvermor, que l'on retrouve dans des projets aussi variés que géniaux tels que Grylle (Black Metal médiéval), Régiment (sorte de Black/Death commémorant la Grande Guerre) et Hanternoz (Folk Metal évoquant l'histoire de Bretagne), que l'on sait en outre littéralement passionné par le Moyen Âge (il paraît qu'il vit dans un manoir du XIVe ou du XVe siècle, quasi sans électricité !), doit sans doute beaucoup à la multiplication des influences sur cet album et à l'élaboration d'une thématique assez cohérente.
Entre conte mélusinien et roman de chevalerie, entre châteaux forts et forêts mystérieuses, entre fées et preux chevaliers, Véhémence dépeint avec une certaine force un univers très médiéval, même très médiéval français — c'est-à-dire ce riche folklore que l'affligeante bêtise et l'obscurantisme du positivisme français des XVIIIe-XIXe siècle a rejeté aux marges de la culture, le réservant à une élite de marginaux. (a contrario par exemple, les Anglais ont toujours pris soin de conserver et de mettre en valeur ce folklore... ce qui explique peut-être par contre-coup la quasi-inexistence d'un Black Metal anglais par ailleurs)
Mais le style musical qui porte cet imaginaire, lui aussi assez franco-français en un sens, lui donne une tonalité et une portée particulière. Disons qu'il y a une « grille de lecture » très XXe-XXIe siècle de cet univers médiéval, qui lui confère quelque chose d'assez populaire (contrairement à Obsequiae par exemple, nettement plus savant dans l'idée — ce qui est très américain comme démarche d'ailleurs), d'assez marginal, tout en ayant une forte dimension onirique ou merveilleuse. On reste dans la pure tradition du Black Metal ou du Folk Metal à la française : le rêve et le merveilleux entre champs, rivières et sous-bois — aux marges du monde —, mais sans cette dimension très fortement politique qui caractérise souvent les autres scènes européennes. Quel dommage que cette scène française soit si peu connue !