"...to all the swiss girls..."
Paul's boutique est exceptionnel en 3 points :
Au niveau de la production. Les 3 new-yorkais fraichement installés à LA utilisent une bonne centaine de samples à la réalisation de ce deuxième album, aidés par les Dust Brothers. A la base, l'idée était de collaborer avec plusieurs producteurs différents mais les Dust Brothers sont vite apparus comme étant indispensables aux yeux des beastie. Bref, un travail d'orfèvre où tout est calculé avec précision. Paul's boutique est la bible du sampling et dépasse le simple stade du hip-hop. C'est un mélange de toutes les musiques pop des 30 dernières années. Funk, soul, pop, rock, jazz, blues. David Gilmour et McCartney boivent un pot dans le bar de James Brown. Paul's boutique est à la musique ce que "la classe américaine" est au cinéma. Un puzzle. Trois ans auparavant, Licensed to ill rendaient les beastie boys populaires, en 89, malgré son échec commercial, paul's boutique leur offrait une crédibilité artistique. Personne n'aurait parié un centime sur eux après la défaite judiciaire face à Def Jam. Ils ont changé d'air. De NYC à LA et le talent a fait le reste.
La façon dont les 3 compères maitrisent leur flow. Ils enchaînent les phrases et jonglent avec les mots comme les Harlem globe trotters avec un ballon. C'est de la haute voltige. Encore plus impressionant que sur leurs autres albums. Sur des titres tels que "Egg man", "Shake your rump" ou "Shadrach", il maintiennent le cap. Ad Rock commence, MCA poursuit, Mike D conclut, MCA reprend, Ad Rock le coupe et ainsi de suite. Tout ça dans une même phrase. On se lance les mots et ça vole dans tous les sens.
Le contenu des textes. Les paroles des beastie boys on toujours été déjantées. Sur Paul's boutique, ils vont au maximum de leur délire et les références à la culture populaire y sont légions. Fred Flinstone, Steve McQueen, Bob Dylan, Bruce Willis, Rambo, Orange mécanique, Napoléon, etc y sont référencés.
On peut dire que Paul's boutique souffre d'une fin poussive. B-boy bouillabaisse nous sert des morceaux aussi courts les uns que les autres n'apportant rien de plus à la qualité de l'oeuvre. Excepté l'OVNI de l'album, "A year and a day", sur lequel Adam Yauch démontre en solo qu'il est peut-être le meilleur MC des trois. Ce morceau est en quelque sorte une merveille cachée que l'on retrouve dans le fond de cette vieille boutique de samples.
Mais la toute toute grosse tuerie de l'album, selon moi, s'appelle "Car thief". Le sample de la Funk Factory nous plonge dans la cool attitude avec ce flow plus posé qu'à l'accoutumé. Là on se sent vraiment à Los Angeles et j'ose dire que c'est le G-funk avant l'heure. Et pourtant rien de bien commercial. Tel était la volonté du groupe. Réaliser l'anti-thèse de Licensed to ill. Prouver leur talent artistique au risque de ne pas faire de tube. Mis à part l'ultra funky "Hey ladies", Paul's boutique ne comprend pas de tube. "Looking down the barrel of a gun" rappele Licensed to ill mais cela se limite à cela. Je terminerai en touchant un mot de "what comes around" sur lequel ils ont véritablement le swing black.
Dans le contexte de l'époque, ce deuxième opus avait une longueur d'avance. Maintenant, on entre dans les années 90, il est temps de poursuivre et confirmer mais ça, c'est une autre histoire...