Pour le 8e album studio de Miss Grande, je pars sur un 7/10 timide. Aussi timide que l’est le projet finalement, ne comportant pas vraiment de morceaux radiophoniques comme on pouvait en trouver dans ses précédents opus comme Eternal sunshine par exemple. Ariana et son équipe le savent, l’ambition est ailleurs. Il s’agit davantage de proposer des chansons sincères et des textes au ton plus ouvert/franc vis-à-vis du public principalement, le tout sur des mélodies Pop assez épurées. Mais ce résultat, musicalement plus lisse que certains des précédents travaux de sa discographie, a de quoi frustrer.
D’une certaine manière, on peut dire qu’avec son album Petal Ariana Grande souhaite se montrer au naturel. Cela passe donc par les musiques plus épurées, les textes empreints de sincérité, et une imagerie dans cette même lignée. Sur la pochette en noir et blanc, Ariana s’affiche en très gros plan (elle est habituée au gros plan mais ici c’est quand même très zoomé!) les yeux clos, cheveux détachés et souriante. Cela fait d’ailleurs plaisir de la voir le sourire aux lèvres après une polémique née de ses admirateurs quant à sa santé suite à sa perte de poids. Cette polémique ainsi que le tournage des films Wicked ont d’ailleurs peut-être influencé cette direction artistique épurée et ce ton parfois direct, palpable dès le premier single extrait mais aussi dans d’autres chansons...
La première d’entre-elles, « Kiss me », introduit une direction synth-Pop et ses paroles font déjà état d’un certain décalage entre l’artiste et la société qui évolue. Elle se trouve alors tiraillée entre résignation et espoir de vivre comme elle l’entend. Le thème de l’empêchement se retrouve également chez le lead-single « Hate that I made you love me », dévoilé seulement 2 mois avant la sortie de l’album. Ariana semble au départ s’adresser à un amoureux désabusé, mais on fait vite le parallèle avec les attentes du public qui peuvent être contraignantes dans sa direction artistique. « Sorry if I made me your type » : la vision de l’ancienne Ariana se rappelle à celui qui l’aime (un amoureux ou son public) mais elle l’incite à en faire le deuil afin de passer à autre chose bien que ce ne soit pas facile, ce que l’on comprend bien dans le clip. Pour ma part j’aurais apprécié que le tempo soit un cran plus rapide, mais on a bien compris que l’artiste ne se soucie guère du regard extérieur…
« Petal » part elle aussi du constat que les attentes d’autrui peuvent l’enfermer dans des sensations désagréables, notamment dans un désir d’authenticité. Mais l’authenticité c’est (par définition) rester soi-même, et Ariana veut se libérer de cette pression qu’exercent sur elle les jugements négatifs de ce type. Une sorte de colère sourde exprimée dans le clip, limite gore dans sa dernière partie mais sans équivoque, comme si elle disait : "Cessez de vouloir me façonner à votre idée. Vous voulez une vraie moi ? Voici ce que j’en pense, voilà mon authenticité !". L’auditeur a donc eu droit à quelques reproches mais l’artiste ne veut cependant pas tout envoyer balader puisque la piste suivante s’intitule « Stay ». La quête de liberté est ici couplée à une demande de protection pour construire une relation saine.
Transition assez paradoxale puisque l’auditeur a ensuite droit à une chanson de rupture, intitulée « Oh well ». Musicalement on peut qualifier cela d’une Pop un peu plus expérimentale à la PinkPanteress par exemple mais qui ne fait pas partie des points forts du projets à mon sens. Même constat avec « Big feelings » qui joue sur un côté sensuel mais trop timide selon moi. Je suis davantage séduit par les douces notes de guitare présentes dans « Freak », bien que l’intro et les couplets contrastent avec ce refrain vocodé qui en aura dérouté plus d’un… Côté texte, on retrouve une Ariana en quête de liberté pour s’émanciper des attentes extérieures qu’elle juge monstrueuses, même si cela doit passer par une mise en retrait. Ce titre est prolongé par un interlude nommé « Warning signs » qui propose une réelle transition sonore avec la piste suivante, plus urbaine qu’acoustique.
Et l’on peut même parler d’une petite montée en puissance, tant « Like I do » semble se démarquer du lot avec son ambiance plus sombre, son style R&B "bad girl" et ses « Ah ah ah ah » répétés. « Je garde mes talons hauts, mon égo petit, mais je reste Grande » est un bon jeu de mots ! L’artiste conserve sa position dominatrice dans le texte de « Never get over me » qui renoue quelque peu avec le sensuel de « Big feelings » mais en mieux selon moi. Puis c’est au tour de « Bad thing (bunny hop) » de donner à l’opus une parenthèse inattendue. Un tempo rapide, une batterie soutenue et des paroles de fille amoureuse, ce titre a de quoi égayer l’univers de Petal. D’autant plus que l’album se termine par la posée « Nowhere, nobody » qui retrouve les couleurs ternes présentes précédemment, avec en bonus une voix très retouchée sur le refrain qui (sans musique) n’est pas du plus bel effet.
En introduction je qualifiais Petal de "résultat relativement lisse" au vu de ce que Miss Grande avait pu proposer par le passé, hormis une « Like I do » franchement charismatique. On note quelques tentatives électroniques un peu expérimentales, mais le curseur est sans doute trop timide pour y voir une réelle ambition musicale. La voix aussi est moins affirmée qu’à l’habitude, ce qui frustre un peu sur plusieurs morceaux. En revanche, là où Ariana n’est pas timide, c’est dans ses textes. On pourrait même dire qu’elle ne mâche pas ses mots, notamment lorsqu’elle fustige les remarques négatives que le public peut lui adresser sur sa manière d’être et ce qu’il attend d’elle.
Mais (comme elle le déclare dans le titre éponyme) elle n'est pas une victime, et annonce au mois de septembre mettre sa carrière musicale entre parenthèse une fois sa tournée terminée. En réalité, elle sous-entendait déjà sa mise en retrait dans « Kiss me » ou « Freak ». Espérons qu’Ariana en profite pour faire le point sur sa carrière et nous revienne un jour aussi en forme qu’inspirée !