Le premier album de Weezer était pour moi un des meilleurs disques de 1994. Mélodique, ultra efficace, parfaitement produit tout en gardant ce côté FM assumé qui fonctionnait très bien. Donc forcément, j’attendais énormément de Pinkerton. Mais dès avant l’écoute, j’avais le sentiment qu’on allait partir dans une direction totalement différente. Et effectivement… on est très loin d’un “Blue Album 2”.
“Tired of Sex” ouvre pourtant le disque de manière très solide. C’est catchy, efficace, énergique, avec encore ce talent évident pour les mélodies. Puis très vite, le disque commence à changer de visage. Les guitares deviennent beaucoup plus agressives, plus rugueuses, et Weezer semble entrer dans une sorte de confusion entre power pop, grunge et presque métal par moments. “Getchoo” montre déjà cette évolution.
Le problème, c’est qu’une grande partie du disque tombe dans quelque chose de très cliché du rock adolescent américain des années 90. Sur “No Other One” ou “Why Bother?”, les guitares électriques deviennent franchement pénibles et la batterie suit le même chemin. Ce côté “brut” du disque, souvent présenté comme sa grande qualité, finit surtout par fatiguer.
Puis il y a “Across the Sea”, morceau devenu presque aussi célèbre pour son malaise que pour sa musique. Toute la naïveté obsessionnelle du disque explose ici d’une manière très étrange, presque gênante, et ça participe énormément à cette sensation d’album bloqué dans une forme de crise adolescente permanente. Derrière, “The Good Life” rappelle que Weezer sait toujours écrire de très bons refrains, mais je commence déjà à ressentir un vrai désintérêt pour ce rock devenu beaucoup trop mainstream dans ses codes.
À partir de “El Scorcho”, le disque devient franchement difficile. Le morceau me fait penser à du Beck version rap-rock, sauf que ce mélange ne fonctionne absolument pas ici. Rivers Cuomo devient agaçant dans son interprétation et le groupe semble parfois confondre “cool attitude” avec grosses guitares rugueuses. “Pink Triangle” pousse encore plus loin ce côté Beatles période Beatlemania revisité sauce rock américain des années 90, et là aussi je décroche complètement. Quand arrive “Falling for You”, puis “Butterfly”, je suis surtout pressé que l’album se termine.
Ce qui est frustrant, c’est qu’on reconnaît toujours Weezer derrière tout ça. Le talent mélodique est encore là par moments. Mais le disque accumule des choix très discutables quasiment du début à la fin. Cette production brute et très ancrée dans le rock FM/grunge de l’époque a énormément vieilli. J’ai vraiment l’impression qu’il faut une certaine nostalgie de cette période pour totalement adhérer au disque aujourd’hui.