Avec Plumb, les frères Brewis de Field Music signent en 2012 un disque à la fois audacieux et cérébral, une œuvre qui déroute autant qu’elle captive. Loin des sentiers battus de la pop britannique, cet album s'affirme comme une mosaïque sonore ambitieuse, presque mathématique, qui mêle fragments mélodiques et expérimentations rythmiques dans un format étonnamment concis. Et c’est là que réside toute sa force… mais aussi ses limites.
Dès les premières secondes, on sent que Plumb ne cherche pas la facilité. Les morceaux s’enchaînent avec une fluidité volontairement chaotique, évoquant une suite de miniatures plutôt qu’un ensemble de chansons classiques. Cette structure morcelée — évoquant parfois Abbey Road ou Smile de Brian Wilson — surprend, et peut même frustrer. À peine le temps de s’accrocher à une mélodie qu’elle est déjà balayée par un changement de tonalité, un break inattendu ou une transition abrupte. Cela donne un album d’une richesse foisonnante, mais qui demande une attention soutenue pour être pleinement apprécié.
Musicalement, Plumb est un véritable terrain de jeu. Cordes élégantes, harmonies vocales finement ciselées, ruptures rythmiques savamment orchestrées… Chaque titre semble conçu comme une pièce de puzzle complexe. Des morceaux comme “(I Keep Thinking About) A New Thing” ou “Choosing Sides” illustrent bien ce mélange de sophistication pop et d’excentricité maîtrisée. L’écriture est fine, intelligente, mais parfois si dense qu’elle en devient presque hermétique. On sent une volonté presque académique de repousser les limites de la pop, quitte à perdre un peu en spontanéité émotionnelle.
Ce qui fait la singularité de Plumb, c’est justement ce tiraillement entre émotion et intellect. L’album impressionne par son inventivité, mais laisse parfois l’auditeur en retrait, comme face à un tableau trop abstrait pour être immédiatement touché. En ce sens, ma note de 7.5/10 reflète cette ambivalence : un profond respect pour la démarche artistique, mais une certaine réserve face à son accessibilité.
Cependant, difficile de ne pas saluer l’audace de Field Music. Dans un paysage musical souvent formaté, Plumb fait figure d’ovni bienvenu, porteur d’une vision singulière, presque artisanale de la pop. Il ne s’agit pas d’un disque que l’on fredonne sans y penser, mais d’un album que l’on explore, que l’on dissèque, et que l’on apprend à apprécier à force d’écoutes.
Field Music livre ici une œuvre intrigante et exigeante, un ovni musical aussi brillant qu’elliptique. Si l’émotion peine parfois à percer à travers les strates de sophistication, Plumb n’en demeure pas moins une aventure sonore fascinante. C’est un disque qui ne se livre pas facilement, mais qui, pour peu qu’on accepte ses codes, récompense largement l’auditeur curieux.