Brendan Pollard, Michael Daniel et Phil Booth : trois génies du bidouillage sonore qui ont sûrement dû tomber dans la grosse marmite électronique en tripatouillant les Moog, mellotron, ARP 2600 et compagnie quand ils étaient petits. Trois compositeurs qui se sont réunis pour offrir ce projet enregistré en toute intimité puisque à l'intérieur du boîtier à la pochette ultra simpliste se trouvait un simple CDr signé de la main des gugusses. Si je connaissais déjà Pollard et Daniel pour leurs incroyables collaborations avec le groupe néerlandais Free System Projekt, je n'avais jamais entendu parler de Booth mais m'est avis qu'il va falloir que je creuse de ce côté-là à l'avenir.
Définir la musique de Pollard / Daniel / Booth n'est pas une chose aisée. Pour faire simple, il s'agit d'une vision de l'électronique progressive à la sauce teutonne en trois actes, rappelant ainsi de par son architecture et sa couleur de son tout ce que Klaus Schulze et Robert Schröder ont pu faire de mieux dans leur carrière. Le projet est également teinté d'un côté dark ambient assez prononcé qui se manifeste d'ailleurs grandement sur la deuxième piste de l'album ; la première et la troisième piste accentuant davantage une appartenance à la Berlin school.
D'ailleurs, le premier morceau est vraiment fascinant : un véritable chef-d'oeuvre progressif de plus d'une demi-heure qui possède un côté mystique me rappelant fortement certains travaux de Popol Vuh chez les allemands ou Edouard Artemiev, le compositeur de plusieurs films d'Andreï Tarkovski. Le titre, intitulé Envelopes, porte d'ailleurs fortement bien son nom puisqu'il joue avec une immense panoplie d'enveloppes sonores différentes, alternant allègrement entre nappes troposphériques, sonorités saw-synth plus saturées à la Tangerine Dream et même solos de guitare "flangerisés"... le tout avec un grand savoir-faire tant dans l'écriture que dans la production, bien entendu.
On retrouve également toute cette ingéniosité à l'allemande dans le dernier morceau, Ladders, qui amène ainsi l'album dans une conclusion plus frénétique grâce au couple arpèges/guitare. L'utilisation plus soulignée de l'arpégiateur propulse d'ailleurs le morceau dans une dimension plutôt machiavélique avec l'impression de pénétrer dans une salle des machines infernale, surtout que Ladders commence et se termine sur des sonorités assez dark et ésotériques.
En tout cas, le ending tutoie les sommets, tout comme le reste de l'album à vrai dire. Mais avant d'y arriver, le projet de nos trois compères aborde une tournure plutôt étonnante dans le morceau central : Skaters. En effet, exit l'électro krautrock et place à du dark/ritual ambient plutôt audacieux puisqu'il est pratiquement intégralement bâti autour d'un panoramique circulaire. Ainsi, on a là un travail absolument extraordinaire de la stéréophonie qui est sans aucun doute l'un des plus aboutis que j'aie pu entendre au cours de mes différentes errances dans le monde de la musique, avec des sonorités plus hostiles qui semblent se balader librement dans toute la pièce — ou dans vos oreilles si vous écoutez au casque — tels des fantômes flottant dans la nuit... avant que les compositeurs ne viennent reprendre le contrôle de la situation.
Ce qui fait que cet album est bien plus qu'une simple vitrine technologique : c'est avant tout la grande maestria de Pollard, Daniel et Booth, domptant le spectre du son comme nul autre ou presque avant eux. Masterpiece !