La pochette. Trois fantômes. Trois entités qui viennent frapper à la porte. Ils sont comme trois frères cachés jusque-là du nommé Michael Myers de La Nuit Des Masques tant ils semblent provenir du film de John Carpenter sorti quatre années avant ce Pornography.
En 1982, je ne connaissais pas The Cure. Pas avant "In Between Days" en 1986 qui donnait une toute autre ambiance que les morceaux présents dans ce quatrième album empoisonné. D'ouverture, The Cure se fait violence. Un son noir et plaintif purule véhément de "One Hundred Years". La guitare lance un couinement acéré, déverse son croassement tempétueux mélodramatique dans les oreilles. La rythmique est assassine, très robotique, mitraille froidement l'esprit. Robert Smith, terré dans sa grotte mentale nimbée de substances plus ou moins licites, a de la haine à revendre. Ça marque le coup. Le ton est lourd.
Les huit titres sont autant de coups de poignard, de souffles de gel coupant l’âme, de virulentes douches froides. Certaines mélodies permettent de sortir de temps en temps la tête hors de l’eau poisseuse. Mais on est bien entre un marteau et une enclume d’une forge malsaine que rappellent les rythmiques cinglantes. Les trois derniers titres vous enfoncent davantage dans un abysse final. ”A Strange Day”, malgré sa mélodie agréable, vous englue dans une couche glauque d’un synthétiseur malade. Si vous avez résisté, ”Cold”, morceau qui porte bien son nom, va vous durcir l’épreuve par son ambiance plus insidieuse et brutale. ”Pornography” se fait davantage plus grave, entraînant plus vers le fond, même s’il laisse un soupçon d’espoir de guérison selon Robert Smith.
On sait qu'à cette période, le groupe n'était pas au mieux de sa forme morale et la tournée qui suivra l'album sera interrompue lors d'un soir à Strasbourg, par la chappe pesante de l'ambiance et des tensions internes couvées depuis longtemps. Au résultat, le bassiste Simon Gallup en viendra aux mains avec Robert Smith.
Après les contrées givrantes, The Cure ira vers des compositions plus colorées et ensoleillées, réassombries en fin de décennie par le vaseux, trop long et mélancolique Disintegration.