Pour moi avec cet album, deftones reprend réellement sa discographie avec le premier digne héritier à koi no yokan. L'album n'est ni un changement de direction ni une stagnation, il fait ce que deftones a toujours fait, développer un songwriting plus ou moins riffé (ici plutôt moins) aussi direct et simple qu'identifiable au premier coup d'oreille. On peut se réjouir de retrouver la batterie dont la puissance s'etait perdue sur les deux opus précédents etre ici plus claquante que jamais, avec le pouvoir directif qui va avec : Abe est autant le batteur que le chef d'orchestre du groupe, sa précision rythmique et sonore étant en elle-meme une composante de la puissance dramatique des compo de deftones.
Le sound design de l'album, comme pour tous les autres, lui donne sa couleur propre, en fait un petit univers onirique singulier. Ici, tout en retrouvant la puissance de diamond eyes et koi no yokan, on prend quelque traits de ohms, notamment sur la voix avec une reverb présente mais plutot courte qui evoque un espace fermé et metallique, dont le contraste avec le son enveloppant des guitares et de la basse donne à l'album un aspect paradoxalement froid et familier, onirique et étranger, un "metal dream".
Après déjà plusieurs écoute, je commence à incorporer l'album comme je les ai tous incorporé de adrenaline à koi no yokan, les albums de deftones deviennent à mon sens meilleur au fur et à mesure qu'on se les approprie, les détails de composition semblant arbitraires et parfois étranges finissent par avoir l'apparence d'évidences (comme avec le légèrement déroutant "cut hands"), et on finit par faire un avec ces morceaux, par se souvenir inconsciemment des moindres détails, et je le sais déjà, par associer chacun de ces morceaux à des moments, des ambiances, des humeurs, jusqu'à ce que l'album fossilise discretement comme une partie de notre vie.
Après avoir eut la chance d'assister à un concert ayant dépassé tout ce à quoi je m'attendait à zurich à la fin du printemps, pendant lequel j'ai découvert un deftones dont je ne soupçonnais pas la grande forme, cet album ne me laisse aucun doute sur une chose : deftones est de retour.