Rain Dances
6.6
Rain Dances

Album de Camel (1977)

We're sailing in a ship that's got no sails

Alors là, je ne sais vraiment pas quoi dire sur cet album. Non pas parce qu'il est foncièrement mauvais, bien au contraire, je trouve qu'il est plutôt solide et loin d'être médiocre, mais disons que ce n'est pas non plus un chef-d'œuvre, surtout après les quatre premiers albums de Camel, qui appartiennent sans aucun doute au Panthéon du rock progressif et du rock en général. Et pourtant, après (avoir apprivoisé) Moonmadness, mes attentes étaient très hautes, et en plus le groupe venait de subir un changement de line-up assez important, se débarrassant du bassiste Doug Ferguson pour le remplacer par Richard Sinclair de Caravan, groupe de Canterbury dont Camel était un grand fan, tout en invitant l'excellent saxophoniste Mel Collins. Et tout ça sur recommendation de Andy Ward, le batteur, qui était musicalement en roue libre, désireux de pousser le groupe dans une direction toujours plus jazzy (et par la même occasion, un poil plus commerciale). Le résultat final, comme je vous le disais, est un peu mitigé; certes, d'un côté, c'est un peu décevant car le parcours musical des quatre premiers disques et la présence de Richard Sinclair auraient dû faire de notre ami chameau un maître suprême du prog, or il n'en a pas été ainsi. Cependant, force est de constater que cette galette a bien vieilli et jouit d'une qualité musicale relativement solide (surtout si on la compare avec The Single Factor et Stationary Traveller).

L'introduction de l'album, First Light, est presque parfaite: riff de guitare acoustique très réminiscent de Never Let Go, synthés rebondissants et maîtrisés, et une batterie toujours en pleine forme, ce morceau se concentre davantage sur les passages instrumentaux, entraînant avec joie l'auditeur vers des atmosphères nouvelles. Puis, le truc qui frappe surtout dans ce disque, c'est, à part le saxophone de Collins, la mise en évidence de la basse, car à vrai dire, ce n'était pas du tout l'instrument dominant dans la plupart des chansons de Camel jusqu'alors. Le morceau suivant, Metrognome, propose un mix fluide et dynamique de passages jazzy emphatisés sur l'instrumental précédent avec des parties vocales apaisantes et d'excellents soli de guitare de la part d'Andy Latimer. La sorcellerie de claviers dont fait preuve Peter Bardens est elle aussi omniprésente, tout en laissant place à des arrangements moins extravagants. Notons aussi l'excellent jeu de mot entre le titre de la chanson avec le véritable métronome qui lui donne cette cadence apaisante! Les progueux n'oublieront pas non plus de saluer toutes les signatures rythmiques différentes (notamment des 25/8 et des 15/8 dans l'outro qui démontrent le génie prog de Ward). C'est ensuite qu'arrive pour moi la première déception de Rain Dances: Tell Me. Je ne sais pas si c'est à cause de l'absence de la batterie (pourtant il y a tout plein de chansons sans elles que j'adore), mais pour moi, ce morceau ne va pas assez loin pour mériter ses quatre minutes. Et d'un autre côté, j'avoue ne pas avoir aimé cette ambiance un peu trop rêveuse me rappelant I'm Not In Love de 10cc (si il y a une chanson que je ne blaire absolument pas, c'est bel et bien celle-là!!!), et ce malgré les belles parties de clarinette de la part de Collins. Dommage. Le groupe expose ensuite une belle tentative de single, plutôt convaincante à mon goût, Highways of the Sun. Cette autoroute du soleil possède de très bons synthés assez symphoniques et propose un chant calme mais assez joyeux, qui en font une chanson pas forcément excellente mais très agréable. Au final, la première face de cet opus s'est révélé assez agréable, nonobstant l'ennui regrettable que m'a procuré Tell Me, tout en restant nettement inférieure aux productions antérieures. Une chose qui m'a marqué particulièrement, c'est l'attention prêtée aux aspects rythmiques des morceaux, car, oui, la basse de Sinclair jouit d'une mise en relief assez notable et très plaisante et la batterie de Ward semble plus conventionnelle et structurée (hélas, plus trop de fills ou roulements de caisse mortels comme sur Mirage ou Moonmadness)... Ça reste amusant, même si ça me laisse un tout petit peu plus froid. La Face B commence par un morceau très intéressant qui, comme son nom l'indique, présente une pluralité de "sections" différentes: Unevensong. Cette dernière commence de façon assez mouvementée, avec des riffs jazzy mais stridents, une rythmique très serrée et des parties vocales assez stressées, qui sera développée dans une partie subséquente encore plus angoissante avant de passer à une ambiance plus rêveuse, planante et un peu mélancolique, qui fait un contraste pertinente avec l'intro. L'outro, en revanche, est joyeux et dynamique, ce qui ne manque pas d'établir une certaine cyclicité avec le début. En somme, une chanson extrêmement intéressante, surtout du point de vue rythmique (une pluralité de changements dont peu de batteurs peuvent se vanter d'effectuer les doigts dans le nez; 11/4, 6/4, 7/4 et 9/8!). L'instrumental d'après, One of These Days I'll Get an Early Night (quel titre à rallonge!) présente une musicalité jazzy et funky, conduite de bout en bout par la basse hyper entraînante de Sinclair, des saxos haletants de la part de Collins ainsi que des claviers funky de Bardens et quelques petits soli typiques de Latimer. Bref, il s'agit d'une très convaincante collaboration entre tous les membres du groupe (c'est la seule composition conjointe de tout l'album), résultant en un instrumental étonnamment commercial par rapport à leurs compositions précédentes, mais satisfaisant et tout à fait captivant. La piste suivante, Elke, est ce que l'on pourrait qualifier de remake de Tell Me, tout en étant cette fois-ci plus aguerrie, concluante et mélodieuse, même si, je ne vais pas me mentir, ce n'est pas un morceau particulièrement mémorable de l'album. Toutefois, les harpes et flutes sont une excellente addition qui embellit vraiment cet instrumental assez terne d'apparence. Les deux morceaux conclusifs (qui sont aussi des instrumentaux!), en revanche, sont de bonne qualité. Sur Skylines, Bardens, Latimer et Sinclair sont au top de leur forme, mélangeant ligne de basse très accrocheuse, passages de synthés aventureux (un peu comme celui sur Lunar Sea) et licks de guitare entraînants pour former cette étonnante chanson fort basée autour de sa structure rythmique également compliquée (un 11/16 putain!!!). Rain Dances conclut le disque en beauté par une ambiance très symphonique et dramatique, dominés par les claviers aériens de Bardens. Voilà, ça c'était une piste sans batterie qui fonctionnait très bien, et non comme Tell Me ou Elke...

1) First Light (9,5/10)

2) Metrognome (8/10)

3) Tell Me (6/10)

4) Highways of the Sun (7/10)

5) Unevensong (9/10)

6) One Of These Days I'll Get An Early Night (8/10)

7) Elke (6,5/10)

8) Skylines (8/10)

9) Rain Dances (8,5/10)

(Le gras indique ma chanson préférée du disque)

En conclusion, Rain Dances est un album intéressant, qui se démarque de façon intrigante mais parfois instable par rapport à ses prédécesseurs et qui, s'il est apprivoisé correctement, peut être considéré comme un album créatif et remarquablement solide de la part de Camel. Moi, ça m'a laissé un tout petit peu froid et à dire la vérité, je ne l'écoute pas aussi souvent que Breathless ou I Can See Your House From Here (que je considère pourtant inférieurs). Une note de 8/10 me paraît honnête et en correspondance avec mon avis sur ces étonnantes dances de la pluie.

Herp
8
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Créée

le 10 mars 2025

Critique lue 34 fois

Herp

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