Si nous prenons le temps de lire les crédits du dernier album de The Divine Comedy, nous pourrons être surpris de ne pas y trouver le nom de Cathy Davey, compagne et muse de Neil Hannon.
Depuis bien des années, sa présence illuminait nombre des titres du groupe, pas seulement par sa voix, mais également par l'évolution qu'elle apportait dans les thèmes des albums : l’amour retrouvé dans "Bang Goes the Knighthood", la félicité conjugale dans "Foreverland".
Pour "Rainy Sunday Afternoon", elle brille par son absence. Rarement avons-nous entendu Neil Hannon aussi seul, sans contrepoint féminin pour venir accompagner ses tourments. Certes quelques choristes viennent parfois enrober les mélodies, mais ces derniers semblent bien éloignés du coeur du propos.
Si j'insiste en premier lieu sur l'absence de Cathy Davey, c'est bien pour souligner que "Rainy Sunday Afternoon" semble être un nouveau tournant dans la carrière de Neil Hannon. Une expression peut-être un peu galvaudée (puisqu'en y réfléchissant on pourrait l'appliquer à chacun de ses albums), mais qui me semble ici nécessaire pour s'intéresser à la singularité de l'oeuvre.
Jamais un album de The Divine Comedy n’a-t-il paru aussi triste, notamment par le dénuement qui l'accompagne. Même "Absent Friends" brillait par ses envolées lyriques dans son ambiance froide.
C'est comme si l'enrobage poétique, celui qui nous aide à tolérer les sujets difficiles, était absent. Il n'y a qu'à lire ses interviews pour constater que Neil Hannon est toujours aussi hanté par la question de la finalité. L’album aborde ces dernières avec une sincérité désarmante, comme ce douloureux face à face avec un père atteint de la maladie d'Alzheimer dans "The Last Time I Saw The Old Man", thème déjà exploré dix ans auparavant dans son oeuvre opératique "To our Fathers in Distress". Cette difficulté à tolérer la fin trouve également une autre expression sur "Invisible Thread", hymne au lien père-fille. Ce dernier peut cependant prendre une couleur différente, dès qu'on y adjoint la remarque lancée en interview par Hannon, soulignant le fait que sa grossesse implique qu'elle n'a "plus besoin de son père"... tant d'angoisses où la musique semble une réponse.
C'est peut-être ce caractère fondamentalement personnel qui fait de "Rainy Sunday Afternoon" l’album le plus fluide de son créateur. Comme si toutes les chansons avaient été composées en une après-midi, une même phase d'humeur. Un mouvement agréable, qui rend les écoutes faciles, mais qui met également en exergue l’absence d’envolées, de moments où l'angoisse créative est finalement dépassée pour viser un ailleurs.
Est-ce que la tristesse du dimanche après-midi pluvieux, ce n'est pas justement ce moment où tu es coincé dans la routine de ta vie, coincé dans la certitude que le lendemain sera un lundi, et tu restes là à contempler ce qui semble immuable ?
Je mettrais "Rainy Sunday Afternoon" tout en bas de la discographie de The Divine Comedy. Je ne le considère pas comme un "mauvais album", loin de là. Mais c'est une oeuvre qui me frustre : les idées sont là, la sincérité aussi. Néanmoins j'ai l'impression qu'aucun ailleurs n'est présent, aucune possibilité de rêverie, de potentiel dépassement du status quo. Les sensations restent ancrées dans un terre à terre douloureux : notre seule échappatoire est d'aller au pub ("Rainy Sunday Afternoon"). On critique Trump en oubliant que parler de lui le renforce ("Mar-A-Lago By The Sea"). On se remémore des souvenirs d'enfance banals ("All the Pretty Lights").
Comme si nous avions oublié ce que nous disait Bjork : "There's more to life than this".