Ram
8.1
Ram

Album de Paul McCartney et Linda McCartney (1971)

Il est des œuvres nées dans la tourmente qui portent les stigmates de leur conception comme un fardeau. Ram, le second album solo de Paul McCartney, échappe à cette règle. Enregistré dans le sillage acrimonieux de la séparation des Beatles, alors que le musicien s’était retiré dans sa ferme écossaise, le disque aurait pu n’être qu’un chapitre de plus dans la guerre des ego. Il est pourtant bien davantage. Si le morceau d’ouverture, Too Many People, affiche ses couleurs trop crûment avec ses piques adressées à John Lennon, l’ensemble de l’œuvre dépasse très vite ces querelles pour révéler une liberté créative sans entraves. Privé du contrepoids qu’offraient ses anciens compagnons, Paul McCartney devient son propre censeur et trouve un équilibre rare entre une imagination débordante et une retenue bienvenue.


La richesse de l’album tient à cette dualité permanente. Sous des mélodies pop en apparence légères et accessibles, Ram abrite une complexité instrumentale et une production vaporeuse qui en constituent la véritable ossature. Les arrangements de percussions, les éclats de ukulélé sur Ram On, ou encore la puissance sourde de Monkberry Moon Delight témoignent d’une liberté nouvelle. Loin de l’efficacité calibrée que l’on aurait pu attendre, Paul McCartney semble ici explorer, bricoler, laissant affleurer une veine plus expérimentale et ce brin de fantaisie absurde qui avait toujours été le sien. Les textes, sans être le cœur du propos, servent cette atmosphère : tantôt mordants, tantôt simplement enjoués, ils participent de ce tableau contrasté, où la douceur apparente n’exclut jamais une certaine acidité.


Car c’est bien cette ambiguïté qui donne sa profondeur à l’ensemble. Ram est un disque de l’isolement, certes, mais il ne sombre jamais dans l’apitoiement. Les orages qui grondent sur Uncle Albert / Admiral Halsey sont aussi réels que métaphoriques, échos du repli écossais du couple McCartney et des tensions passées. Pourtant, l’album semble glisser sur ces difficultés, porté par une énergie vitale et une tendresse qui désamorcent la gravité. En cela, il parvient à se hisser au niveau des meilleures réalisations de son auteur, qu’elles soient antérieures ou postérieures à la séparation. Sans chercher à rivaliser avec personne, Paul McCartney signe une œuvre paradoxale : profondément marquée par son contexte, mais sonnant comme si elle était affranchie de tout, y compris de son propre poids.

La-derniere-seance
9

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleurs albums des années 1970

Créée

le 16 mars 2026

Critique lue 3 fois

Critique lue 3 fois

D'autres avis sur Ram

Ram

Ram

10

Eric-Jubilado

6828 critiques

Les joies de la ferme et de la félicité conjugale

Ce disque - aujourd'hui estimé par tout ce que la planète compte de gens de bon goût (!!) comme absolument indispensable - a eu longtemps un parfum de honte : dans l'après 68, et au milieu des...

le 23 janv. 2015

Ram

Ram

9

OrangeApple

104 critiques

La grande illusion

Le tenace consensus affectueux qui entoure cet album, et auquel je ne prétends pas échapper, s’explique peut-être par les deux vies dont il a bénéficié. Surgi en sandwich entre deux foutages de...

le 13 déc. 2018

Ram

Ram

10

OlivierC

292 critiques

Diamant brut

Quand on parle de la discographie solo de Paul McCartney, on fait un tour obligatoire par Band On The Run, son chef d'oeuvre acclamé et reconnu, mais on oublie souvent Ram. Carrément décrié et...

le 3 oct. 2016

Du même critique

The Bride!

The Bride!

2

La-derniere-seance

170 critiques

Quand Barbie rencontre Frankenstein

Il y a des projets qui sentent la naphtaline avant même d'avoir quitté la boîte de production. The Bride en est le parfait specimen : un Frankenstein décharné qui traîne sa carcasse entre le clip...

le 4 mars 2026

Les Rayons et les Ombres

Les Rayons et les Ombres

10

La-derniere-seance

170 critiques

Dans la tête d'un collabo

Le Rayon et les ombres n’est pas un film de plus sur la Collaboration. Xavier Giannoli fait le choix courageux de la lenteur et de l’ambiguïté pour traquer, en trois heures quinze, ce qui se passe...

le 19 mars 2026

Projet dernière chance

Projet dernière chance

7

La-derniere-seance

170 critiques

Petit manuel de l'amitié intersidérale

Avec Projet Dernière Chance, adaptation du roman d'Andy Weir (l'auteur de Seul sur Mars), Phil Lord et Christopher Miller livrent une science-fiction rafraîchissante et réconfortante. L'argument...

le 17 mars 2026