Deux titres à sauver, mais deux bons titres.

Il faut se débarrasser de la tentation Daft Punk, que le monde sache de quel côté on se trouve, qu'on puisse en parler en ayant eu les oreilles dessus. Bon, très bien.

Alors que je lance finalement la bête, après des jours d'hésitation mais tout de même le jour de la sortie officielle, Give Life Back to Music me semble une invitation à l'objectivité et à l'ouverture d'esprit, avec un titre pareil n'est-ce pas. Et pourtant je m'ennuie déjà, c'est répétitif et ordinaire. Ordinaire. On parle des Daft Punk qui ont mind fuck mon adolescence. What is happening.
Avec The Game of Love tout de même on est bien, c'est doux et ça nous fait glisser dans un univers particulier fait de grandes étendues noires et de velours. L'espoir renaît.
Giorgio by Moroder se fond doucement à la suite de Game of Love et nous offre un manifeste clair et poétique, la voix est nostalgique et un peu triste. Les accents sont ceux des Daft Punk, retour dans l'espace, ambiance de jeu vidéo, agréable mais pas vraiment le genre qu'on ira mettre en boucle dans un baladeur sauf pour se caler en queue de métro pour regarder les lumières passer. Puis interviennent quelques accents classiques qui viennent relever le tout et ils sont bienvenus. Ce morceau rassemble en plus de présenter, il résume le tout, le reste, il est celui à retenir pour présenter l'album. N'écoutez que Giorgio by Moroder.
Avec Within décidément les Daft Punk ont décidé de nous prendre en douceur en ce début d'album, on y vocode le monde délicatement, en une petite poignée de minute.
Très vite Within se termine et laisse la place à Instant Crush, plus ordinaire, classique, attendue. Premier guest avec Julian Casablanca et ce n'est pas vraiment Daft Punk qu'on écoute mais bien Daft Punk ft Julian Casablanca. Et en fait je ne suis pas sûre de chercher ça dans un album de cette ampleur. Dans un album de Daft Punk j'ai vraiment très envie d'écouter du Daft Punk. Bien sûr c’en est. Mais pas seulement. Même si la chanson est plutôt pas mal, complète, rythmée (évidemment rythmée), je reste sur ma faim, un peu troublée. On sent le single, on sent qu'on va en être gavé jusqu'à en exploser et si déjà la première écoute me donne l'impression de la connaître, ça n'est pas vraiment un bon signe.
Après nous avoir demandé de rendre nos âmes à la musique, cette fois il s'agirait de s'abandonner à la danse. Lose Yourself to Dance a les mêmes défauts que Instant Crush sans les qualités. Pharell Williams prend trop de place. Alors c'est vrai que ça donne un peu envie de bouger mais c'est ordinaire, horriblement répétitif et les sonorités qui tentent de rappeler Daft Punk ne suffisent pas. Est-ce Daft Punk ft Pharell Williams ou Pharell Williams ft Daft Punk ? Ah ça au moins on n'a pas de problème à se souvenir des paroles.
Après ces deux titres décevants intervient Touch, plus expérimental, du moins plus osé, expérimental étant un bien grand mot ici. Encore une collaboration, avec Paul Williams donc, et vraiment différente cette fois. Pourtant ce n'est pas la transcendance attendue, c'est presque trop fouillis à force de vouloir tout mettre sans prendre le temps de le faire (à l'inverse de Giorgio by Moroder justement qui pourtant ne fait qu'une minute de plus). Touch c'est un peu Giorgio by Moroder en drôlement moins bien et avec des outils différents. Apprécions tout de même cette pause dans le bullshit commercial, Touch étant sagement calée entre deux Pharell Williams, et le final très appréciable.
Voici donc Get Lucky, la fameuse, la maudite. Dès les premières notes je suis agacée. Je reconnais la même chanson que dans Lose Yourself to Dance et je suis déprimée de constater que c'est ça qui va représenter aux oreilles du monde un album qui cache pourtant quelques pépites. Je retrouve l'ennui de Give Life Back to Music, les sonorités de Lose Yourself to Dance, les morceaux donc que j'ai le moins aimé de l'album. Notons quand même que la version longue est un peu plus sympa que le radio edit qui nous donne déjà envie de vomir tellement on en a bouffé (merci mon voisin qui l'écoute tous les jours, tiens d'ailleurs voisin, tu chantes très bien c'est très mignon). Quelques tentatives de "faire du Daft Punk" plus tard pour rappel quand même et c'est terminé, enfin, c'était déjà trop long. Ce que je reproche principalement à cette chanson c'est d'être déjà ordinaire. Ceux qui la défendent en disant que les autres n'aiment pas parce qu'ils refusent que Daft Punk fasse autre chose que du vieux Daft Punk me font tellement rire. Prenez votre titre ennuyeux à mourir et laissez-nous donc ne pas apprécier non pas le changement mais ce changement en particulier.
Je prie pour que Beyond me sauve de ce passage de cauchemar. Plus de featuring, plus qu'eux. L'intro me ramène à quelques vieux RPGs avant d'être rappelée à la dure réalité : pom pom pom, même rythmes, mêmes sonorités, rien d'original. La délicieuse douceur du début d'album se transforme en stagnation attentiste. Car on attends que quelque chose se passe, qu'un titre nous embarque mais rien ne vient.
Le désespoir me gagne au moment où Motherboard se lance. Tout de même agréable, elle n'arrive pas à nous faire décoller. On plane un peu, c'est un début, mais pas bien haut. A écouter dans le métro à nouveau, en regardant les rails (vous l'aurez remarqué, j'aime beaucoup faire ça pour m'évader). Le niveau remonte un peu mais pas encore assez je le crains.
Fragments of Time laisse une voix revenir et c'est à nouveau un featuring avec cette fois Todd Edwards. Bon. C'est tellement chiant que j'hésite à couper avant la fin. Je me l'impose quand même et rien ne change, du début à la fin même bouilli infâme. L'arrière goût est amer.
Plus que deux titres pour sauver les meubles et la moyenne qui pour le moment ne doit pas être bien brillante. Doin' it right tente sa chance et donne doucement le sourire par ses vocoders excessifs et plutôt drôles. Le titre est une collab avec un certain Panda Bear et rien que ça, ça donne déjà envie de laisser aller ses coins de lèvres. Alors c'est vrai que c'est un peu plus frais, un peu moins chiant mais alors juste un peu moins au final et le sourire du début a tôt fait de se rétracter en une moue ennuyée.
Dernier titre (enfin ?), Contact. Comme dans Giorgio by Moroder une voix parle en début de titre, retour dans l'espace, là où on aime trouver les Daft Punk en général. Des sons saturés, une ambiance spatiale, il ne m'en faut pas plus pour apprécier enfin un titre. C'est un peu comme si le reste ne devait pas exister, n'était qu'un amas d'ajouts artificiels. Ça démarre enfin, on décolle, ENFIN, et on va vraiment très haut. La bombe que devait être Random Access Memories aura mis 13 titres à exploser.

Avec une moyenne totale de 5/10, cet album a des choses à offrir mais aussi beaucoup d'autres à jeter.
Cette fois je suis fin prête à affronter la masse des pros et des antis, associés dans un même élan bruyant et nombriliste.

On sauve Giorgio by Moroder et Contact qui sont très intéressants et on oublie tranquillement les autres. Certains peuvent rester dans le coin, nous bercer un peu comme Game of Love ou Within mais le reste est prié de ne plus trop croiser mes oreilles, merci.
Maitsuya
4
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le 20 mai 2013

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