Nous avions découvert le duo de charme The Bird and The Bee il y a deux ans à l'occasion d'un premier album sorti chez Blue Note. Les deux protagonistes du projet s'appellent Greg Kurstin et Inara Georges. Ces deux-là, ce sont un peu les John Steed et Emma Peel de la musique : lui, élégant et spirituel, elle, sexy et dynamique ; lui expérimenté (élève de Charlie Mingus, musicien pour Beck, producteur pour Flaming Leaps, Peaches ou Lily Allen...ça fait pas mal sur le CV), elle, fraîche comme la rosée. Nous allons arrêter là la comparaison car il n'y a ici aucun chapeau melon, bottes de cuir et accessoirement cybernautes tueurs. Mais la comparaison a le mérite de donner le ton d'un album léger fait de vignettes colorées...et qui piquent. La preuve, le précédent single Again and again et son dard irrésistible avait de quoi vous rendre addict ad vitam eternam aux ritournelles (faussement) sucrées du duo gagnant.


Avec son nouvel album, The Bird and the bee persiste et signe pour une pop en Technicolor et Cinemascope. Non sans humour, The Bird and The bee affirme que "les pistolets lasers ne sont pas juste le futur". Et pour cause, le duo fait volontiers un retour dans les années 60, sa période mélodique bénite, et accessoirement époque de SF kitsch et ludique. Même si les programmations électroniques sont modernes, les claviers seront donc vintages et les mélodies évoqueront en filigrane Henry Mancini, Burt Bacharach ou même Serge Gainsbourg. Mais n'allez pas croire que The Bird and the Bee ne fait que remettre au goût du jour des figures déjà archi connues - fussent-elles largement honorables. Le duo se joue des codes, les détourne parfois et surtout propose une musique pour ainsi dire universelle. Everything but the Girl avait en son temps arpenter un esprit mélodique similaire.


D'ailleurs le duo Tracey Thorn et Ben Watt avaient parodié « Chapeau Melon et bottes de cuir » dans un de ses clips. Comme par hasard. Avec Greg et Inara, il y a toujours cette dimension nostalgique et ce deuxième degré affiché pour un "à la manière de..." affirmé. D'ailleurs, l'album commence en Fanfare, au sens littéral du terme, histoire de bien nous signifier que nous sommes dans la représentation, voire dans le factice et le (joli) décor. Derrière des mélodies brillantes, The Bird and The Bee embrasse avec malice un florilège de genres musicaux : esprit 60 oblige, le jazz, le tropicalisme mais aussi le hip hop façon Luscious Jackson (What's in the middle). Il y a une relecture Swingin’ London de Bach (Diamond Dave) et une sorte de marche turque space disco sur A letter to Japan, preuve que Kurstin connaît ses classiques. La musique du duo pourrait parfois être considérée comme de la variété internationale mais The Bird and The Bee parvient à ne jamais tomber dans la soupe. Greg et Inara ne sont pas ABBA. Et si le résultat est grand public, il est le fruit de savantes et subtiles harmonies. De plus, derrière ce vernis chatoyant, se cache parfois un coeur plus vénéneux (Witch est un titre un peu tordu à la Portishead). Sur Rayguns are not just the future n'a pas de single en béton armé comme Again and Again sur l'album précédent (Polite dance song est un cran en dessous). Mais c'est un solide album qui vous remonte le moral en moins de deux. Par les temps qui courent, un bien inestimable. « Champagne » dirait John Steed dans ce que vous savez.

denizor
7
Écrit par

Créée

le 27 nov. 2012

Critique lue 99 fois

denizor

Écrit par

Critique lue 99 fois

2

Du même critique

Oiseaux-Tempête

Oiseaux-Tempête

8

denizor

1605 critiques

Critique de Oiseaux-Tempête par denizor

Le monde appartient aux ambitieux et Oiseaux-Tempête ne nous propose pas un simple voyage post-rock mais une véritable Odyssée dans une musique qui n’a pas encore livré tous ses secrets. Album après...

le 10 janv. 2014

36 quai des Orfèvres

36 quai des Orfèvres

2

denizor

1605 critiques

Critique de 36 quai des Orfèvres par denizor

Ce film est un imposture. Au moment de sa sortie, la production avait capitalisé sur le passé de flic d'Olivier Marchal pour nous vendre le film comme "ultra réaliste", montrant de l'intérieur les...

le 1 févr. 2016

Pain Is Beauty

Pain Is Beauty

8

denizor

1605 critiques

Critique de Pain Is Beauty par denizor

Il est amusant de voir la promo de Chelsea Wolfe ramer pour définir la musique de la demoiselle : « drone-metal-art-folk » tel est le genre-valise utilisé pour catégoriser la musique de l’Américaine...

le 28 oct. 2013