Le style des Strokes est une sorte de brutalité maîtrisée, c'est brut et sophistiqué à la fois. Très soutenu au niveau des guitares, avec des mélodies très accrocheuses, on se souvient de chaque riff, qui impose une véritable signature.
La voix de Casablancas est nonchalante et parfois agressive, mais toujours maîtrisée. Ce n'est pas du garage rock, tout est toujours cadré et ne dépasse jamais ce cadre. Une révolution au début des années 2000, qui enchaîne trois chefs-d'œuvre avec très peu de titres jetables.
Ensuite vient la période transitoire, avec le fameux Angles, plus grand public, moins brutal, plus raffiné, plus synthétique. Le choix de devenir un groupe qui plaît à tout le monde est évident, à l'instar d'AM des Arctic Monkeys, il faut se soumettre au style urbain qui domine l'industrie musicale. Les groupes indés ne veulent plus être indés, mais devenir pop. Les deux albums suivants confortent cette idée, une sorte de parodie aseptisée des Strokes, terne, sans aucun effort, une nouvelle recette qui sent un peu la naphtaline.
Que reste-t-il donc des Strokes en 2026 ? Une voix, celle de Casablancas, toujours reconnaissable malgré les années, toujours présente, toujours efficace malgré tout, noyée dans une production numérique et le vocodeur. Julian avait déjà tendance à mettre des filtres sur sa voix dans les deux premiers albums, mais la différence, c'est qu'elle n'était pas trafiquée, seulement atténuée. Ici, on se demande bien pourquoi nous faire autant de mal, tant son chant est devenu irritable, catastrophiquement modifié, comme si l'on écoutait une IA.
Et le groupe, dans tout cela ? Les doubles guitares ont quasiment disparu, la basse est toujours aussi discrète et la batterie est peut-être le seul élément encore écoutable. Les mélodies n'existent plus. Il y a trop de cassures, le cadre a disparu, ça part dans tous les sens, comme si l'on écoutait un jam d'after-party amateur.
Mention spéciale au solo de synthé pourrave sur Lonely in the Future.
Bref, les Strokes sont morts. L'industrie les a détruits… ou peut-être est-ce Casablancas. Nous ne le saurons jamais.