Je suis entré dans Reincarnated avec l’esprit ouvert, presque intrigué. Voir un monstre sacré du rap comme Snoop Dogg opérer une reconversion en Snoop Lion, porté par une spiritualité reggae et un message de paix ? Sur le papier, ça avait de quoi piquer ma curiosité. Et effectivement, l’album n’est pas sans qualités… mais il laisse un goût d’inachevé, de promesse tenue à moitié.
J’ai ressenti une forme de sincérité dans la démarche de Snoop. Il ne s’agit pas d’un simple coup marketing ou d’une lubie artistique : on sent qu’il y a un vrai besoin de transformation, une volonté de se réinventer et de faire la paix avec lui-même et le monde. Cette volonté mérite le respect. Mais entre l’intention et le résultat, il y a un écart. Le message spirituel finit souvent noyé dans des productions lisses, des textes peu percutants, et une mise en scène un peu confuse de cette fameuse “renaissance”.
On ne sait jamais vraiment s’il veut nous guider ou simplement tester un nouveau costume. Et cette ambiguïté rend l’expérience floue, comme si on écoutait un album qui cherche sa propre voix sans jamais vraiment la trouver.
Certains morceaux fonctionnent plutôt bien, notamment “No Guns Allowed”, qui m’a touché par sa douceur sincère et son refrain presque enfantin. Il y a des éclats de lumière dans cet album. Mais à mes oreilles, la plupart des titres s’enchaînent sans vraiment marquer. Les instrus, bien qu’impeccablement produites par Major Lazer, manquent d’aspérités. On est loin de la puissance émotionnelle d’un vrai reggae roots, mais aussi de l’énergie contagieuse du dancehall.
Résultat : une ambiance chill, certes, mais un peu tiède. J’aurais aimé plus d’intensité, plus de prise de risque.
C’est peut-être là que le bât blesse le plus. Snoop Lion reste Snoop Dogg, avec sa voix posée, son flegme légendaire… mais dans cet univers-là, ça ne colle pas toujours. Il n’a pas l’aura d’un chanteur reggae, et son interprétation reste souvent trop en retrait. J’ai parfois eu l’impression qu’il récitait plus qu’il ne ressentait. C’est paradoxal : il veut incarner une métamorphose, mais je ne l’ai jamais totalement senti habité par elle.
Finalement, Reincarnated m’a davantage intéressé qu’il ne m’a réellement touché. Il m’a permis de voir un autre visage de Snoop, plus vulnérable, plus spirituel. Et pour ça, je ne regrette pas l’écoute. Mais musicalement, je reste sur ma faim. C’est un album qui parle beaucoup, mais qui dit peu. Un projet qui se cherche, et qui m’a parfois perdu.
Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est un échec — ce serait injuste. Mais pour moi, c’est un rendez-vous manqué : un projet audacieux qui méritait mieux, ou du moins, plus de profondeur. D’où cette note de 5.5/10 : le respect pour la tentative, mais un vrai manque d’adhésion.