Ouch! J'aurai mis du temps à apprécier cet album, n'y voyant au départ qu'un disque de new wave pop de plus, complètement fade et daté. J'ai tout de même vite adoré le sublime "The Chauffeur", initialement découvert avec la reprise de Deftones (comme pas mal d'autres pépites 80's...), mais la première face de cet album a vraiment mis un moment à me conquérir. Il faut dire qu'elle est 100% pop et eighties... mais c'est absolument délectable, pour peu qu'on apprécie cette décennie. J'y entends tout simplement le même génie pop également à l’œuvre deux ans plus tard sur... Purple Rain. Des morceaux très directs et super efficaces, simples en apparence mais qui n'ont pu qu'être fignolés à l'extrême, parce qu'à chaque seconde un son nouveau et séduisant apparait, les idées fusent, débarquent et repartent aussitôt.
L'album repose sur quatre ingrédients fort efficaces : un couple basse/batterie nerveux et jouissif (surtout la basse, les lignes sont vraiment toutes excellentes, notamment sur la fin de "New Religion", je m'en remets toujours difficilement), quelques attaques de guitare électrique envoyées avec parcimonie, jamais au premier plan mais néanmoins là, des synthés très atmosphériques, pas vraiment au premier plan non plus, mais distillant une atmosphère urbaine, nocturne et branchée, 80's quoi, et donc rose flashy. Enfin, la voix de Simon Le Bon... Oui, la synthpop peut abriter de superbes chanteurs, on le savait depuis Marc Almond. Une voix qui fait le lien entre l'aspect pop dansant et l'ambiance follement romantique et presque planante, surtout à mesure que l'album avance, jusqu'à ce final sublime, donc. "The Chauffeur" est en fait un poème écrit par Simon en 1978, et dont son interprétation lui a valu d'être embauché dans le groupe... Il trouve donc logiquement sa place en fin de la pièce maîtresse du groupe, sur une instrumentation éthérée 100% synthétique et magnifiquement interprété par Simon. Une chanson étrange et marquante, de celles qui vous accompagnent toute votre vie... Un peu dommage que l'album souffre de la réputation légèrement ringarde de Duran Duran, car Rio renferme bien plus d'émotion que d'autres classiques du néo-romantique, ABC et Roxy Music en tête.