Yngwie J. Malmsteen s’est imposé très jeune comme un prodige de la guitare, en particulier au sein du groupe Alcatrazz. Forcément, être encensé si vite, ça monte à la tête et le musicien suédois brillant a commencé à développer un ego surdimensionné (rassurez-vous, ça va empirer avec les années !). Mais le groupe ne suffit plus à Malmsteen qui veut s’imposer en solo. Ce qu’il va faire de façon impressionnante avec ce 1er album sorti en 1984, développant un son à lui, reposant sur une virtuosité démentielle : de nombreux apprentis s’échinent encore aujourd’hui à essayer de reproduire ses soli ! Il va surtout créer ici un genre à lui tout seul, ce qui, avouons-le, est très rare, le metal néo-classique en mixant influences classiques puisées auprès de Bach et Paganini, qu’il remercie dans le livret, en toute simplicité, au même titre que Hendrix d’ailleurs, et heavy metal puissant. Tiens, il revendique même l’héritage de Beethoven et d’Albinoni (dont il reprend ici l’Adagio avec le merveilleux "Icarus’ Dream Suite Opus 4"). Il réussit à allier rapidité et puissance, 39 mn et rien de trop. On sent en lui l’héritage d’un autre immense guitariste et lui aussi à la tête tellement grosse qu’elle peut difficilement passer les portes, le Sieur Ritchie Blackmore. Certains musiciens incrédules face à sa dextérité l’ont même accusé d’avoir accéléré la vitesse des bandes !!! De l’inoubliable et émouvant "Black Star", époustouflant d’entrée, à l’incontournable moment épique d’un "Icarus’ Dream Suite Opus 4", en passant par le speed et imparable "Far Beyond The Sun" qui établissait de nouveaux critères de virtuosité, sans omettre un "Evil Eye" simplement magnifique (quel break acoustique-percussion envoûtant) ou un atypique "Little Savage" où se côtoient riff intrigant, accalmie planante pour solo divin, claveçin ensorcelant et un finish auréolé d’un clavier quasi FM saisissant, c’est vrai qu’on n’avait jamais entendu ça, il faut être honnête et que les claques sont nombreuses. On trouve 6 instrumentaux et 2 morceaux chantés par le tout jeune (18 ans à l’époque) Jeff Scott Soto. Allez, reconnaissons juste que les 2 morceaux sur lesquels il intervient sont un peu plus faibles (« Now Your Ships Are Burned » et « As Above, So Below » avec des paroles pas géniales) mais il s’en tire plutôt bien pour un débutant, il lançait ainsi sa carrière. La production apparaît aussi un peu datée mais rien de grave, c’est le cas de beaucoup d’albums des années 80 après tout. Malmsteen s’impose en virtuose mais aussi comme compositeur et il ouvrait la voie aux autres grands guitar heroes des eighties que vont être Joe Satriani et Steve Vaï. On peut être admiratif de Malmsteen mais préférer le côté plus humble et abordable de Vaï et Satriani. Un album qui a marqué les mémoires à juste titre. Il a inspiré des tonnes de jeunes guitaristes qui ont malheureusement toujours voulu aller plus vite, en oubliant les mélodies et l’émotion. La suite de sa carrière a été plus inégale.